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Déclaration de F. Bayrou pour la fin des Etats Généraux de l'Université, 1996


Résumé du discours

Par Nicolas Bailly (bailly@cimrs1.mnhn.fr) le 20 Juin 1996

Grace aux copains de PDE (merci Pierre-Henri Piquet de la FNEB), j'ai assiste a la grand-messe Bayrouienne (ca ressemble a Berurier :-)). A la suite du discours, je n'ai pas pu avoir de contacts particuliers. En fait les gens se connaissent deja, et a moins d'avoir une pancarte marquee CEC (au moins un badge), il n'est pas aise de nouer des relations dans ce genre de reunion.

Voici un resume du discours, il n'engage que moi et pas la CEC, il n'a aucune pretention d'impartialite. Si d'autres veulent le completer et le corriger pour le mettre sur un serveur, no problem. Je vous renvoie au Monde date du 20 juin p10-11 pour un autre resume. Eventuellement, je peux scanner ce dernier si ca interesse.

Je pense que le texte de Bayrou peut etre une bonne base de reflexion et de discussion. Je dis bien une base. En ce qui nous concerne par exemple, il y a trop peu de choses. Mais au moins la discussion peut-elle s'appuyer sur des lignes directrices exprimees. L'ancrage du 1er cycle dans la recherche a ete reaffirme par exemple. Il n'y a rien eu sur le CdT, rien sur la gestion a long terme des recrutements, presque rien sur les doctorants (assimiles aux ATER en bloc), un peu plus sur les PRAG, un peu plus sur les procedures de recrutement.

Il a ete clairement dit que ce qui etait presente n'etait que des propositions a rediscuter dans les 10 mois pour mettre en oeuvre les mesures aux rentrees 1997 et 1998.

En tout etat de cause il faudra etre tres presents dans les mois qui suivent et avoir des propositions se referant a ce discours, pour en relever les contradictions, pour le refuter ou pour le valider.

Les mots entre " sont des citations, ceux entre ** sont de moi. Les divisions en parties sont de moi zitou.

Nicolas Bailly.


Le message (sur 20 pages) peut se diviser en 7 parties:
1) Introduction (3 pages 1/2)
2) 3 attentes implicites se sont degages de la lecture des documents (1 page 1/2)
3) 3 pistes ecartees (1 page 1/2)
4) Reponses aux dix questions des Etats Generaux (12 pages)
5) Calendrier (1/2 page)
6) Moyens (1/2 page)
7) Conclusion (1/2 page)

1) Introduction (3 pages 1/2)

  • les crises de l'education refletent les crises de la societe.
  • recadrage dans l'action du 1er ministre qui etait present.
  • l'histoire recente de l'universite (>1960) est le resultat d'une mefiance reciproque (changement versus heritage) qui devrait etre resolue par la "participation", d'ou la "methode" des etats generaux.
  • la demande de savoir a sorti l'universite de son **elitisme**.
  • affirmation de la tres bonne place internationale de l'universite francaise (qui fut l'une des premieres a etre creee) et defense du modele actuel et de son idee republicaine, vis-a-vis des modeles americains et europeens.
  • 'universite n'appartient a personne en particulier (pas a un parti, un gouvernement ou un ministre)

2) 3 attentes implicites se sont degages de la lecture des documents (1 page 1/2)

  • reconnaissance: de l'universite, du personnel et des etudiants par le reste de la societe.
  • communaute: absence de vie commune au sein de l'universite, trop d'anonyma=
  • contrat clair et durable: "... l'universite n'accepte pas, et elle a raison, le proces selon lequel elle serait la cause du chomage ...", ce qui n'empeche pas de s'adapter un peu. Definition de missions justes et claires.

3) 3 pistes ecartees (1 page 1/2)

  • **selection** (="fermeture" en langage Bayrouien) a l'entree de l'universite
  • liberte pour chaque universite de fixer ses droits d'inscription
  • "secondarisation" de l'universite: le savoir secondaire se recoit, le savoir de l'enseignement superieur doit se construire par l'etudiant, d'ou la rencontre avec la recherche a ce niveau.

4) Reponses aux dix questions des Etats Generaux

Q1 (2p1/2): transmission du savoir

avec un longue reflexion sur l'echec universitaire (= pas de diplome a la fin). En resume: il ne peut y avoir 0%; il y a des echecs qui restent utiles si du travail a ete effectue.

L'entree a l'universite doit permettre
(1) d'acquerir de nouvelles methodes de travail
(2) de verifier son choix d'orientation d'ou nouvelle architecture des etudes universitaires:

  • (1) periode d'orientation par une decouverte disciplinaire large
  • (2) d'ou pour eviter le DEUG a trois ans, organisation en semestre (dont un initial d'orientation), permettant une meilleure occupation des locaux
(3) creation de conferences par discipline (sciences, lettres, droit, economie, technologies) regroupant universitaires, etudiants, membres de societes savantes, pour reflechir aux contenus, aux examens, aux connaissances a acquerir au lycee, etc.
(4) DEUG simplifies et reduit en nombre
(5) Module de culture general et d'expression
(6) Charte des examens
(7) Tutorat par etudiants de 2eme et 3e cycles pour les 1ers cycles

Q2 (1p): orientation

"La décision d'orientation doit rester de la responsabilite personnelle du lyceen et de l'etudiant. Y penser des la seconde, peut-etre au college.

(1) des la seconde, horaire identifie de rencontre entre le lyceen et tous ses profs et conseillers d'orientation
(2) chaque anne, rencontre avec des universitaires, des etudiants, des professionnels
(3) instance independante donnant des "debouches previsibles" de chaque fili= ere
(4) semaine portes ouvertes de l'enseignement superieur

Q3 (1p): statut de l'etudiant

ne pas tenir compte que de l'aspect social, qui reste cependant le point le plus difficile

(1) mise en place progressive d'une allocation sociale d'etude unifiant les diverses prestations actuelles sur revenus des familles, distance universite-residence et critere pedagogique (non cumulable avec la 1/2 part etudiante). Ceci est une propostion qui reste a discuter dans le cadre d'une situation budgetaire difficile et d'une reflexion generale sur la fiscalite
(2) evaluation des enseignements par les etudiants (pas des enseignants, nua= nce)
(3) participation plus grande a la vie de proximite du campus (cf reforme des CROUS)
(4) interlocuteur social
(5) commission etudiants handicapes

Q4 (1p1/2): filiere technologique

reequilibrage avec les formations generales et conceptuelles

(1) creation au sein des universites, pas de nouvelles structures
(2) maintien des BTS et IUT, qui sont une reussite et reconnus dans les conventions collectives. Ne pas les considerer seulement comme un 1er cycle technologique
(3) carte nationale des passerelles entre formations
(4) ce sera long a mettre ne place (6,7, 8 ans)

Q5 (1p): insertion professionnelle

donner aux etudiants une strategie professionnelle

(1) deconnexion de l'aspect technologique et de l'aspect professionnelle. Toutes les disciplines sont concernees
(2) 1 module professionnel en 1er cycle et 1 en 2eme
(3) politique des stages a discuter avec les entreprises, quantite et contenu
(4) formation en alternance, apprentissage, formation continue

Equilibre recherche par l'universite: culture generale et disciplinaire, recherche, professionnalisation

Q6 (1p): recherche universitaire

(1) expliquer a la France ce qu'est la recherche universitaire, l'universite passant de loin pour etre seulement un lieu d'enseignement sans mission de recherche precise
(2) reconnaissance de l'universite comme une des trois composantes de la recherche en France (universite, organismes, entreprises)
(3) decloisonnement entre universite et organismes "les enseignants-chercheurs sont des chercheurs". Discussion a ouvrir avec F. d'Aubert
(4) valorisation de la recherche publique

Q7 (1/2p): international

(1) un semestre a valider en 2e cycle dans un autre pays europeen

Q8 (1p1/2): gestion des carrieres (seul chapitre ou on cause des doctorants)

(1) evaluation des universitaires sur la recherche, l'enseignement et l'animation
(2) evolution du statut des PRAG pour que ceux qui sont des chercheurs puissent assurer une recherche
(3) les ATER denoncent la precarite de leur contrat
(4) lie la difficulte de l'entree dans la carriere a des aspects demographiques (sic)
(5) nombreuses plaintes sur les procedures de recrutement: concsultation aupres des candidats pour verifier que c'est la majorite. Concertation avec la CNU pour corriger les dysfonctionnements avnt "une impression de decouragement trop importante" (et resic)
(6) reconnaissance des IATOS et simplification statutaire pour une meilleure mobilite

Q9 et Q10 (1p1/2): modernisation des universites (gestion et amenagement du territoire

(1) nouvelles possibilites de gestion dans le cadre d'une politique contractuelle sous responsabilite de l'etat
(2) modification de certaines regles de gestion. Ex: cotisation aux ASSEDIC pour personnel contractuel de droit prive, possibilite de pratiquer des amortissements
(3) creation d'une agence de modernisation
(4) transfert de la propriete des locaux si souhaite de l'etat vers les universites
(5) creation de fondations pour gerer dans la transparence l'ensemble des ressources de l'etablissement
(6) creation d'un conseil d'orientation avec les partenaires exterieurs

5) Calendrier (1/2 page)

Tous ces principes sont a rediscuter pendant 10 mois, les effets (**question: ca ne veut pas dire les mesures ?**) devant se faire sentir aux rentrees 1997 et 1998, pas 1996. Il y aura des amenagements legislatifs et reglementaires mais pas de grands chambardements a ce niveau.

6) Moyens (1/2 page)

(1)Temps budgetaire difficile, cf Espagne et Italie qui cherchent a diminuer les depenses publiques.

(2)"Programmation concertee avec les acteurs du systeme" (mais pas de loi de programmation budgetaire, confirme par la courte allocution de Juppe) qui doit degager les priorites sur l'ensemble des objectifs.

7) Conclusion (1/2 page)

C'est pas l'universite qui doit changer par "cette revolution universitaire", c'est la societe.


Discours

Par Pascal Petit (petit@lami.univ-evry.fr)

Intervention de F. Bayrou Mardi 18 Juin 1996

ATTENTION :

Le texte qui suit a ete obtenu en numerisant une version papier du discours. Il peut donc comporter des erreurs et ne pas correspondre tout a fait a l'original.

Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Presidents d'universite, Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs, les etudiants,

C'est Charles Peguy qui le disait : "il n'y a pas de crise de l'education, il n'y a que des crises de societe". Nous l'avons verifie dix fois dans notre histoire : les insatisfactions, les craintes, les demandes de changement qui s'expriment a propos de l'education sont en realite les insatisfactions, les craintes, les demandes de changement d'une societe en mutation et qui hesite sur le chemin a prendre.

C'est bien ce que vous aviez a l'esprit, Monsieur le Premier ministre, lorsque vous faisiez de la reforme universitaire un des engagements majeurs de votre discours de politique generale, en evoquant les premiers cycles, la politique d'orientation, la filiere technologique. Constamment, pendant cette periode, vous avez manifeste votre interet pour le sujet et votre soutien a la demarche suivie. C'etait la condition pour que le gouvernement puisse faire naitre et accompagner ce changement. Vous cloturerez tout a l'heure cette rencontre. Je tenais a vous en exprimer ma gratitude.

Nous savions quelle etait la dimension de la question : l'histoire de la question universitaire ces dernieres decennies, c'est l'histoire du soupcon reciproque, d'une longue et profonde crise de confiance. La confiance, c'est le bien le plus precieux et le plus fragile : elle est facile a briser, longue a retablir. Un proverbe basque le dit, que je n'ai jamais oublie tout au long de cette annee. Il met en garde contre les initiatives impatientes et l'action mal reflechie : "il suffit d'un fou pour jeter la pierre dans le puits. Il faudra six sages pour l'en retirer".

Pour sortir de l'impasse dans laquelle paraissait engagee la reforme universitaire, nous avions une conviction : le changement indispensable ne pourrait se realiser qu'avec la contribution active de ceux a qui il s'adressait. C'est en realite l'idee meme que le general de Gaule a popularisee dans une presque indifference et dans une grande incomprehension a la fin des annees 70, il y a vingt ans : celle de la participation. Je crois que le fondateur de la cinquieme republique a eu l'intuition geniale de ce que nous verifierons tout au long du siecle qui vient. Les peuples ne donnent plus de cheques en blanc. La montee du niveau de formation, l'abondance de l'information et il faut bien le dire la revelation des limites de tous les pouvoirs successifs face aux crises du siecle, tout cela oblige a des conduites nouvelles. Les changements doivent etre conduits avec la societe, ni contre elle, ni sans elle. Notre espoir c'est bien qu'une part de la responsabilite dans l'impasse universitaire etait dans la methode. C'est le changement impose que l'universite n'acceptait pas.

Tout avait change a l'universite : plus rien ne serait comme avant. Le temps du savoir rare, si rare que sa detention supposee valait passeport universel pour le pouvoir, ce temps est derriere nous. Il n'est pas un d'entre nous qui ne considere le savoir, et la conscience qui devrait l'accompagner comme l'un de ses biens le plus precieux. Il n'est pas un d'entre nous qui voudrait en priver ses enfants. Il etait normal et legitime que ce qui etait precieux pour les privilegies fasse un jour l'objet d'une demande universelle. C'est arrive pour les biens materiels. Il est juste et heureux que cela soit arrive aussi pour les biens immateriels. C'est ainsi que loin d'etre une pretention d'ideologues, une facilite bradee par des demagogues, la demande de savoir est le mouvement meme du progres et la condition de la defense et de la survie du plus precieux de notre heritage.

Cette conviction que la demande de savoir et de formation etait irreversible et heureuse commandait des lors notre conception de la reforme : elle ne pouvait etre qu'une entreprise de reconciliation entre des groupes qui croyaient etre voues a se combattre, alors que d'une certaine maniere ils cherchaient la meme chose et ne le savaient pas. Il y avait d'un cote la fidelite a l'heritage et de l'autre la volonte du changement. Cet affrontement etait largement une apparence. Car les deux mouvements se conjuguent si l'on sait bien comprendre : c'est la fidelite du fleuve a sa source qui le conduit a la mer. Le fleuve, s'il s'immobilise, n'est plus un fleuve : il s'evapore et disparait : rien n'en reste que la trace morte. La civilisation humaniste a pris un cours nouveau avec la renaissance des humanites et la naissance de l'esprit critique. Elle ne s'est pas arretee entre la Renaissance et les lumieres ; elle ne s'est pas arretee davantage entre les lumieres et la fin du XXe siecle. Ses ideaux sont toujours les memes : donner a lire a tous, c'est donner a comprendre, a chercher, a inventer.

Assurer la participation, rechercher la reconciliation. Notre demarche a donc ete celle-ci : convoquer tous les acteurs de l'universite, sans exception et sans a priori, en les considerant tous comme legitimes et comme tous interesses a l'amelioration de la situation de l'institution dans laquelle ils vivent ou a laquelle ils donnent leur reflexion et leur soin. Leur proposer non pas seulement d'etablir un constat, ce qui a ete fait mille fois, mais de travailler ensemble comme si la decision leur appartenait. Notre intuition etait que la formulation en commun des questions et la recherche des principes pouvaient faire apparaitre une idee nationale et profondement rassembleuse de l'universite francaise.

Je viens d'employer le mot "national". Ces etats-generaux n'ont fait que me renforcer dans la conviction qu'il y avait une idee francaise et republicaine de l'universite, comme il y a une idee francaise et republicaine de l'education nationale. Cette idee est si profondement ancree dans l'histoire et la memoire, consciente ou inconsciente, de notre peuple, que toutes ces reflexions hatives qui voient toujours l'herbe plus verte dans le pre du voisin, et qui revent naivement d'imposer a la France le modele universitaire americain, anglo-saxon ou allemand, sont par avance vouees a l'echec. Je le dis a la Sorbonne : un pays qui a invente l'universite n'a pas a aller chercher ailleurs son modele universitaire : il lui suffit de se reconcilier avec son propre modele et sa propre histoire, d'en assumer la fierte, d'en affirmer les consequences, d'en vouloir la coherence et de comprendre que pour peu qu'il soit coherent, alors c'est le monde entier qui regardera vers la France pour adapter son propre modele.

Parlant de l'universite francaise et de la Republique, je veux tracer encore une ligne directrice de l'entreprise de reforme. Une des conditions de sa reussite, c'est qu'elle n'appartienne a personne d'autre qu'a ceux qui devront la faire vivre. Ni a une force politique, ni a un ministre. Elle n'est le bien de personne. Elle n'a pas ete preparee de maniere personnelle ou partisane. Elle ne sera pas revendiquee de maniere personnelle ou partisane. Il est vital que la societe francaise reconnaisse des sujets d'ou l'on decide, par sens civique, que la politique partisane doit se trouver mise entre parentheses. Cela permettra peut-etre aux Francais de decouvrir a cote de que ce qui les separe, qui existe, et est parfaitement honorable, un peu de ce qui les rassemble et qui est si important. Et c'est pourquoi aussi, loin des polemiques steriles et qui font sourire les Francais sur la competition des heritages, je m'efforcerai de noter chaque fois que possible, les bonnes decisions, les bonnes orientations, les efforts qui reviennent a mes predecesseurs, quelle que soit la majorite a laquelle ils aient appartenu. Ce sera un gage de la continuite qui doit marquer l'oeuvre nationale d'education.

Voila l'esprit dans lequel le travail a commence. Les questions ont ete posees devant la conference des presidents d'universite le 22 mars. les grandes organisations nationales, syndicales, associatives, mutualistes, ont livre leur propre reflexion. Le parlement a organise deux grands debats, le 24 mai a l'Assemblee nationale, le 4 juin au Senat. Ces debats ont ete riches et profonds : ils ont marque des rapprochements de points de vue qui, en soi, etaient un evenement pour qui connait l'histoire recente des debats universitaires. De son cote, la commission de reflexion sur notre systeme educatif, presidee par Roger Fauroux, m'a livre l'essentiel de ses conclusions sur l'enseignement superieur assez en amont pour que je puisse l'integrer a la consultation. A tous, je veux marquer notre reconnaissance.

J'ai lu personnellement l'ensemble des contributions. Cela represente des milliers de pages. Nous avons etabli des syntheses de ces milliers de pages. C'est avec ce travail que nous avons nourri les conclusions que je vous livre aujourd'hui. Il faut d'abord que vous dise les grandes attentes qui m'ont semble inspirer la plus grande partie des contributions.

Ces attentes implicites mais partout presentes sont au nombre de trois, me semble-t-il.

Premiere attente : une attente de reconnaissance. L'ambiance de crise qui entoure l'universite depuis des annees et des decennies a fini par donner a chacun le sentiment que son role n'etait pas reconnu. C'est vrai pour les universitaires qui ont le sentiment que le discours public tenu a leur endroit ne parle d'eux qu'en termes de privileges, qu'ils ont l'impression d'avoir perdu il y a longtemps. C'est vrai pour les personnels ingenieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, les personnels de sante, de service et des bibliotheques qui ont souvent eu l'impression qu'ils etaient les grands oublies des reflexions universitaires, c'est vrai des disciplines qui ont l'impression d'etre les grandes oubliees de la reflexion universitaire, c'est vrai des etudiants qui ont l'impression de voir la vie de l'universite se derouler sans eux et qui ont pour beaucoup fini par en prendre l'habitude. Mesdames et Messieurs, c'est vrai aussi de l'universite qui veut que ses efforts soient reconnus : elle a absorbe le raz-de-maree de l'augmentation massive du nombre des etudiants. Elle l'a fait sans perdre de sa qualite, au prix de beaucoup d'efforts. L'universite veut que ces efforts soient reconnus et qu'au lieu d'en dire constamment du mal, au lieu d'en faire le bouc emissaire de tous les maux, le chomage et la mutation culturelle de notre monde, on accepte la discipline de dire de l'universite francaise autant de bien en France qu'on en dit a l'etranger.

Deuxieme attente : une attente de communaute. Dans la plupart des reactions des etudiants, et meme de certains enseignants, dans les debats libres comme dans les syntheses, s'exprime ce manque francais. L'universite est une societe de l'anonymat. Enseignants-chercheurs, personnels et etudiants s'y rencontrent fonctionnellement, mais ne vivent pas ensemble. La convivialite est absente, l'intimite du maitre et du disciple ne se constitue pas ou se constitue trop rarement. Les etudiants n'ont pas seulement besoin de cours : ils ont besoin de conversations, de plaisanteries, de rires, de meditation en commun avec de maitres qu'ils admirent. Et tout cela ne se noue pas s'il n'y a pas les lieux correspondants, la presence organisee et spontanee. De la meme maniere, dans l'universite entre etudiants, trop peu de place est laissee a la vie sportive, la vie culturelle, la sante, la prevention, la vie associative, tout cela ne se developpera que si les regles de vie changent en profondeur.

Troisieme attente : l'attente d'un contrat clair et durable. L'universite a le sentiment d'un flou et de pressions desordonnees. Elle a l'impression que l'on fait reposer sur elle des proces injustes. Elle sait bien, par exemple, que sa preparation a l'emploi doit etre amelioree. Mais elle n'accepte pas, et elle a raison, le proces selon lequel elle serait la cause du chomage. Elle attend la formulation de missions, justes et claires. Cela traduit aussi une attente d'equilibre, de stabilisation et de long terme. La reforme ne vaut que pour le progres. La reforme ne vaut pas en soi. Apres la reforme, doit venir le temps de l'equilibre.

Il convient de rendre compte des pistes qui se sont offertes et qui ont ete ecartees pour repondre aux deux angoissantes questions posees, celle du nombre et celle des debouches vers l'emploi. Je veux en evoquer trois qui sont souvent examinees, pour ne pas dire souhaitees, et que nous n'avons pas retenues.

La premiere piste qui vient a l'esprit de beaucoup, c'est celle de la fermeture de l'universite : pour eviter la revolution culturelle due au nombre, on reve du retour a l'ordre ancien et l'on cherche les moyens d'ecarter de l'universite la part des etudiants qui n'ont, dit-on, rien a y faire". Nous n'avons pas retenu cette piste parce qu'il ne nous semble pas possible de priver un bachelier du droit de tenter sa chance. Nous n'avons pas retenu ce principe parce que l'elevation du niveau de formation d'une nation, ce n'est pas un handicap, c'est un avantage. Nous n'avons pas retenu ce principe parce que si le baccalaureat que tant de lyceens passent aujourd'hui n'etait plus le premier grade de l'enseignement superieur, mais un simple diplome de fin d'etudes, c'est tout l'equilibre de notre enseignement superieur et secondaire qui serait change. Les universites fixeraient elles-memes leurs criteres d'entree : il y aurait les universites de grande renommee a haut niveau d'exigence et les universites de province ou de banlieue pour les eleves moyens. Les diplomes n'auraient pas la meme valeur. Et les etablissements d'enseignement secondaire se specialiseraient dans la preparation de ces universites. L'universite fermee, ce serait l'enseignement secondaire a plusieurs vitesses et l'enseignement superieur a plusieurs vitesses.

De la meme maniere, nous n'avons pas retenu, l'idee defendue parfois, plus souvent mezzo voce qu'au grand jour d'universites concurrentes, libres de fixer leurs droits d'inscription, les plus demandees n'hesitant plus a devenir les plus cheres, et maitresses de leurs diplomes. Cette idee parait seduisante et je connais des esprits que je respecte profondement, de grands universitaires qui y sont acquis. Je crois profondement que la France la rejetterait, y voyant une atteinte definitive a l'egalite nationale. Des universites recentes, de taille moyenne, a qui l'on promettait l'inexistence et la mediocrite ont montre qu'elles pouvaient atteindre la taille critique et faire la preuve de leur excellence dans nombre de domaines. L'amenagement du territoire universitaire, en matiere d'enseignement et de recherche, est en voie d'etre un succes. Rien ne serait pire que de couper son elan.

Troisieme solution ecartee : celle de la secondarisation de l'universite. C'est une idee au premier abord attrayante, et je me souviens moi-meme de l'avoir caressee que celle de creer en France, pour resoudre le probleme du nombre, des colleges universitaires a l'americaine qui distingueraient le premier cycle des autres, en feraient une sorte d'enseignement secondaire superieur, comme on avait autrefois dans nos campagnes, l'ecole primaire superieure. C'est le modele americain, et l'on peut constater qu'il ne marche pas si mal. Il y aurait deux consequences inevitables. La premiere n'affectera pas le grand public. Il faut cependant la rappeler : il est dangereux de couper l'enseignement, la science qui se transmet de la science qui se fait. Je crois que cette solution aurait les memes effets. Il me semble qu'il est inevitable que le niveau de notre enseignement secondaire soit directement affecte par la secondarisation de notre enseignement superieur. Le mouvement est naturel : l'etage inferieur se remet a l'etage superieur de la charge de sa mission initiale. De l'ecole primaire au college, du college au lycee, on a vu transmettre vers le haut le niveau des exigences. Ce double phenomene de demission-report me paraitrait extremement dangereux pour l'enseignement secondaire francais. Je crois au contraire qu'il faut reenraciner chaque ordre d'enseignement dans sa mission initiale, redonner au primaire toute sa vocation, au college aussi; et au lycee aussi la tache claire de permettre l'entree dans l'universite d'etudiants convenablement formes. C'est d'ailleurs pour cela que je demanderai a une commission mixte, composee d'enseignants du secondaire et d'enseignants du superieur de reflechir au contenu du bac, qui, fixe le travail a accomplir au lycee.

C'est donc dans le respect pour l'universite francaise de son histoire et de sa tradition que se situe son avenir.

Voila pour les principes : reponses concretes.

La premiere question que nous avons posee est celle de la transmission du savoir. C'est la question qui explique bien des doutes sur l'universite. A quoi bon tant d'efforts de la nation en direction des etudiants si, dans certaines filieres, la majorite d'entre eux se trouve, au bout de plusieurs annees en situation d'echec, d'amertume et de temps perdu ? Deux reflexions prealables : l'une sur l'echec, l'autre sur le savoir universitaire. Permettez-moi de rappeler une evidence. Personne ne songe a parvenir au zero echec. Ce serait brader les diplomes et les priver de toute valeur. Ce qu'il faut viser c'est a diminuer l'echec injuste et l'echec inutile. Car il y a, ce n'est pas un paradoxe, des echecs utiles : l'etudiant, meme s'il n'a pas reussi a obtenir l'examen qu'il visait qui a ameliore ses connaissances, a construit sa personnalite, a acquis des experiences nouvelles n'est pas en situation d'echec inutile. Cette observation est particulierement importante si l'on reflechit a la nature du savoir universitaire. Je vais simplifier sans doute a l'exces. Le savoir de l'enseignement secondaire est un savoir que l'on recoit. Le savoir de l'enseignement superieur devrait etre un savoir que l'etudiant se construit. C'est pourquoi la rencontre avec l'esprit de recherche est particulierement importante et fructueuse.

Mais l'echec inutile est celui ou l'etudiant noye n'a rien appris en termes de methodes de travail, a continue a essayer d'ingurgiter des masses de connaissances impossibles a maitriser. C'est encore davantage celui de l'etudiant qui s'est trompe de formation et qui le decouvre trop tard. C'est pourquoi nous devons satisfaire a deux principes complementaires : l'entree a l'universite doit s'accompagner d'une formation patiente a de nouvelles methodes de travail et permettre a l'etudiant de les maitriser. L'entree a l'universite doit permettre a l'etudiant de verifier que son choix d'orientation etait le bon et de le corriger assez tot pour ne pas perdre son temps.

Ces deux principes conduisent donc a une nouvelle architecture des etudes universitaires. Le gouvernement propose que l'entree a l'universite soit un temps de decouverte disciplinaire, non pas une simple propedeutique, mais un veritable temps de decouverte de plusieurs voies de formation proches qu'il pourra explorer, en meme temps qu'il se mettra en mesure de les approfondir par la decouverte de nouvelles methodes de travail.

Il faut donc une periode d'entree dans les etudes, permettant d'aborder des disciplines et des voies de formation parentes entre elles, offrant pendant toute la periode une assistance et un conseil methodologique, au travail personnel, aux travaux diriges, aux cours magistraux, au travail en bibliotheque. Pendant toute la periode des entretiens reguliers avec des enseignants et un tutorat assure par des etudiants confirmes, de deuxieme ou de troisieme cycle, en petits groupes, de l'ordre de douze ou quinze etudiants, le travail des tuteurs etant toujours coordonne par un universitaire. Pour manifester l'importance des premiers cycles et leur veritable nature universitaire, je souhaite que tout professeur d'universite accepte de consacrer aux etudiants de premier cycle une partie de son service d'enseignement.

Cette exigence, a elle seule, oblige, bien que ce ne soit pas la seule raison a un changement profond de l'annee universitaire francaise. Car si cette periode d'orientation etait d'une annee pleine, on se trouverait devant la reconstitution de l'ancienne propedeutique et on serait dans l'incapacite de garder le meme programme pour les Deugs. La consequence mecanique serait l'allongement des Deug a trois ans, pour un profit faible et discutable, tant la tendance europeenne a l'allongement systematique des etudes est a redouter. Mais il est bien d'autres dysfonctionnements qui obligent a ce changement des rythmes universitaires. Le temps d'occupation reelle des locaux universitaires est actuellement concentre sur si peu de mois dans l'annee, quelquefois six mois seulement, que la tension sur les locaux est extreme, les amphis sont bondes et l'emploi du temps impossible. Le gouvernement propose donc que l'annee universitaire soit desormais, comme dans les autres pays europeens, organisee en semestres, permettant a l'etudiant de ne pas pas perdre toute son annee s'il echoue. La periode d'adaptation au debut des premiers cycles serait donc constituee par un semestre initial. L'organisation en semestres ne vise pas a ajouter des heures mais a mieux repartir sur dix mois, l'emploi du temps hier concentre sur sept ou huit.

Dans l'ensemble aussi, les disciplines sont trop absentes de la reflexion sur l'universite. Il faut que cela change si l'on veut que la reforme aboutisse. Le gouvernement propose que soient crees des conferences disciplinaires qui regrouperont des universitaires, des etudiants de la discipline, des representants des societes savantes, et les pouvoirs publics. Ces conferences, sciences, lettres, droit, economie, disciplines technologiques, permettront a la fois de reflechir aux problemes specifiques des formations et des modalites d'examens et qui donneront a ceux qui les animeront la possibilite de reflechir a l'evolution des disciplines universitaires et a la necessaire interdisciplinarite.

Avec ces conferences disciplinaires, nous etudierons l'articulation des diplomes : le gouvernement propose que les Deug soient simplifies et leur nombre reduit pour repondre a des principes explicites. Il s'agit d'un diplome universitaire general ; mais il doit permettre un veritable travail disciplinaire approfondi. Dans toutes les formations de premier cycle, nous proposons un module de culture generale et d'expression, des modules disciplinaires clairement identifies et en fin de cycle une premiere rencontre, meme sommaire, avec un sujet de recherche. Les diplomes, necessairement plus specialises, de deuxieme cycle devront etre articules selon la meme methode avec ces premiers cycles nouveaux.

Avec les conferences disciplinaires, et les etudiants je propose que nous ouvrions une reflexion dans le but de parvenir a une charte des examens, non pas pour fixer des regles absolument contraignantes mais pour offrir aux etudiants une garantie d'equite.

Nouvelle architecture des etudes universitaires ; nouvelle organisation du temps universitaire ; nouveaux premiers cycles ; une place nouvelle pour les disciplines. Non pas pour qu'elles soient enfermees en elles-memes mais pour qu'on les reconnaisse et qu'elles puissent reflechir sur leur evolution, qu'on puisse, avec elles, mener la reflexion sur la necessaire interdisciplinarite.

Deuxieme question, l'orientation : Monsieur le Premier ministre, avec les premiers cycles, vous en aviez fait une question prioritaire. Notre conviction est que l'orientation se joue a la fois en amont et dans le courant du premier cycle. C'est peut-etre des le college, en tout cas des le lycee que se joue la decision majeure pour un jeune du parcours de formation qu'il devra suivre s'il choisit l'enseignement superieur. Le principe que nous avons retenu est celui-ci : la decision d'orientation doit rester de la responsabilite personnelle du lyceen et de l'etudiant. Ce droit au choix doit etre prepare par une education et une information approfondies. Il doit permettre le droit a l'erreur dont les jeunes n'ont pas l'exclusivite, c'est-a-dire la correction precoce d'une orientation manquee et la reorientation.

C'est pourquoi, des la seconde, un horaire particulier associant les professeurs de toutes disciplines, en liaison avec les conseillers d'orientation et les professeurs principaux, permettra a l'eleve de reflechir et de formuler un projet pour son avenir. Ce projet ne doit pas etre fige definitivement, mais il a une valeur educative. Pendant les trois annees du lycee, des rencontres avec des universitaires, des etudiants, des professionnels, nourriront cette reflexion. En particulier, une semaine "portes ouvertes" dans l'enseignement superieur permettra aux lyceens de decouvrir la realite de la vie de nos etablissements. Pour l'information de tous, je demanderai a une instance independante d'indiquer ce que sont les debouches previsibles de chaque filiere. Les conferences disciplinaires travaillant avec des professeurs d'enseignement secondaire auront la charge d'indiquer clairement aux eleves ce qu'est le travail et ce que sont les competences necessaires dans chacune des voies de formation. Ainsi sera creee une intimite nouvelle entre l'enseignement secondaire et l'enseignement superieur. Le premier semestre, disciplinaire et d'orientation permettra a la fois un choix precis entre des filieres proches, lettres et langues par exemple, ou droit, economie, gestion et des types de formation plus longues ou plus courtes et pour certains etudiants, a l'issue des entretiens d'orientation, le choix d'une reorientation qui pourra intervenir immediatement au debut du deuxieme semestre. Ainsi sera mise en place une politique nouvelle et coherente de l'orientation universitaire.

Troisieme question : le statut de l'etudiant. C'est un sujet a la fois tres difficile et tout a fait central. Le statut de l'etudiant a souvent ete entendu comme traitant seulement des aspects sociaux. J'ai la conviction que ce serait mal comprendre l'enjeu que de le traiter sous ce seul angle. Mais je commencerai par ce point.

Je m'empresse de dire que je ne me dissimule rien des difficultes du changement en cette matiere. Il demeure que le statu quo serait profondement injuste. La nation, par une serie de glissements, est passee du systeme des bourses, reservees aux plus defavorises, a un systeme complexe d'aides, peu transparentes et peu democratiques. Le bilan fait, on parvient a une conclusion simple. La nation aide les plus pauvres, aide moins les situations moyennes, et aide massivement les plus riches par l'addition de l'aide au logement et des deductions fiscales. Cette situation est injuste et l'injustice ne doit pas durer. Le principe que nous retenons est celui-ci : les aides que la nation apporte aux etudiants et a leur famille doivent suivre un principe de justice sociale et de transparence. Elles doivent concerner d'abord les plus defavorises, et ensuite les revenus moyens. C'est pourquoi le gouvernement proposera aux etudiants d'etudier avec eux le principe, les modalites d'application, et la mise en place progressive d'une allocation sociale d'etudes, unifiant les prestations diverses aujourd'hui servies, qui prendra en compte les revenus de la famille, la distance entre l'universite et la residence, les criteres pedagogiques. Cette aide ne devrait pas etre cumulable avec la demi-part etudiante. La transition vers un systeme profondement nouveau sera difficile, c'est pourquoi le travail de simulation devra etre particulierement fouille, dans un contexte budgetaire dont chacun connait la difficulte et dans le cadre d'une reflexion generale en cours sur la fiscalite. Je le repete, ceci est une proposition aux etudiants : c'est eux qui sont concernes.

Mais le statut de l'etudiant, je le disais, ne peut pas concerner les seules aides sociales. Il touche a l'ensemble de la vie de l'etudiant a l'universite, a sa position, a sa responsabilite. Pour s'engager a l'universite, les etudiants doivent recevoir davantage de reconnaissance. Je pense depuis longtemps que le droit a l'evaluation des enseignements qu'ils recoivent doit leur etre reconnu. Je ne dis pas "evaluation des enseignants", pour eviter le risque de demagogie. Mais l'evaluation des enseignements, dans la forme et dans le fond, doit devenir une constante de l'universite francaise. Les universitaires qui le pratiquent deja m'ont dit tout le profit qu'ils en retiraient. Les etudiants, que l'on trouve silencieux et consommateurs, s'exprimeront et se comporteront en citoyens si leur voix est entendue.

C'est dans le meme esprit que nous proposons que les divers aspects de la vie dans les universites et sur les campus puissent etre geres avec un plus grand engagement des etudiants eux-memes. C'est la logique de la reforme des Crous que nous proposons, qui doit associer etudiants et universites, dans une conception plus large, regionale et inter-universitaire. Outre les cites universitaires et la restauration, il me parait que l'ensemble de la vie de proximite, cafeterias, dialogue, vie culturelle, peut ressortir de ce nouveau champ de responsabilite etudiante. C'est dans ce cadre que doit s'organiser le guichet unique ou l'etudiant trouvera un interlocuteur social. C'est dans ce cadre que pourront etre menes les echanges avec d'autres universites. C'est dans ce cadre que le dialogue pourra etre conduit, comme il l'a deja ete dans sept regions, avec les collectivites locales pour des aides au transports plus avantageuses et plus efficaces. C'est un champ nouveau qui peut s'ouvrir au dialogue entre etudiants, gestionnaires et universites. L'engagement des etudiants dans ce champ d'action sera une excellente introduction a la vie professionnelle et civique. Il pourra en etre tenu compte, par le mecanisme de la validation des acquis, pour leur parcours universitaire. Une commission etudiants handicapes sera mise en place dans chaque universite.

Quatrieme question : la filiere technologique. Tout le monde le constate, il y a un desequilibre des formations proposees dans notre pays. La place majeure est donnee aux formations generales, abstraites et conceptuelles et les formations qui doivent conduire a la maitrise des techniques, si importantes dans le monde ou nous vivons, sont minorees a l'universite, peu reconnues et mal construites. Cela decourage les etudiants de s'y engager, en dehors des formations d'ingenieur portees par les grandes ecoles et des BTS et IUT, diplomes de Bac + 2, qui ont ete une des plus grandes reussites de ces vingt dernieres annees. L'abondance des sigles rend la lisibilite faible.

La diversite des parcours nuit a la coherence des formations. Or, il n'y aura pas de grand pays en tete de la competition economique sans un grand secteur universitaire consacre a la technologie. Vous l'affirmiez, Monsieur le Premier ministre, des votre premiere intervention publique a l'Assemblee. Une fois ce principe affirme, restait a repondre a plusieurs questions. Premiere question : qu'est ce qu'une filiere technologique a l'universite. Reponse : c'est une filiere universitaire, associant l'enseignement a la recherche. Deuxieme question : devons-nous construire des universites technologiques independantes? Si nous retenons l'idee qu'il n'y aura pas d'universite sans recherche, alors il faut convenir que la France n'a pas les ressources de construire partout un appareil puissant de recherche technologique. Cela ne pourra se faire qu'en s'appuyant sur la recherche existante, en liaison avec les laboratoires existants. C'est pourquoi le principe que nous proposons est celui de la construction de filieres technologiques au sein des universites existantes, aussi bien dans les domaines des technologies tertiaires, 'dont nous avons le plus grand besoin dans nos societes, que dans le domaine secondaire. Quatrieme question : pour construire les premiers cycles de cette filiere, devons-nous supprimer les BTS et les DUT au profit d'un premier cycle indifferencie ? Notre reponse est non. On ne gagne rien a detruire ce qui marche et les formations technologiques ne gagneront rien a s'eloigner de la professionnalisation. Les premiers cycles technologiques nouveaux devront donc se construire en liaison et en coherence avec des BTS et des IUT maintenus. Cinquieme question : devons-nous "cylindrer" comme on dit si malheureusement ces formations, c'est a dire considerer purement et simplement les STS et IUT comme un premier cycle technologique. Ce serait un grave risque. Les BTS et les DUT sont reconnus par les conventions collectives. Considerer qu'ils ne valent que par la poursuite d'etudes qu'ils permettent, ce serait ruiner leur valeur propre. C'est pourquoi nous proposons la mise en place d'une carte nationale des passerelles qui permettra aux jeunes qui souhaitent une poursuite d'etudes de connaitre a l'avance le type de parcours et de complements d'etudes qu'ils pourront emprunter.

La construction de la filiere technologique prendra des annees. Pour entrer le plus vite possible dans cet effort, nous proposons la recherche d'accords avec des IUT ou des ecoles d'ingenieurs pour l'utilisation des plate-formes techniques. Dans cette construction, l'experience des IUP sera precieuse. Un nouvel equilibre des formations place au concret.

Cinquieme question : l'insertion professionnelle. Les "bons metiers" que la nation attend de l'universite ne seront plus garantis par la seule magie du diplome. Ou bien il faudrait interdire le diplome au-dela du quota des emplois disponibles, ou que l'on imagine disponible avec tous les risques de se tromper pour les decennies qui viennent. Le principe est donc celui-ci : parallelement au diplome, il convient de donner aux etudiants une strategie professionnelle. Cette strategie doit s'adresser a tous les etudiants. Et c'est pourquoi nous avons pris grand soin de deconnecter la question de la filiere technologique et la question de l'insertion professionnelle. Les etudiants en droit ou en sociologie n'auront pas moins besoin de professionnalisation que les etudiants en mecanique. Sans doute au contraire ! C'est donc a tous que la nouvelle exigence de professionnalisation s'adressera. Elle prendra deux formes principales. Parmi les modules semestriels de premier et de second cycle, il conviendra d'introduire un module de professionnalisation qui permettra de familiariser les etudiants avec le monde professionnel, ses attentes et ses interets. La politique des stages sera reprise avec le monde de l'entreprise pour les ameliorer en qualite aussi bien qu'en quantite. Les representants du patronat vous ont donne la semaine derniere leur accord sur ce point, Monsieur le Premier ministre, lors du sommet sur l'emploi des jeunes que vous presidiez. Car la question du contenu des stages est aussi importante que leur nombre et leur distribution. Enfin la rencontre avec la professionnalisation doit etre possible a chacun des etages de sortie de notre systeme universitaire, notamment par la formation en alternance. L'apprentissage peut ici fournir un appui determinant comme il le fait deja pour pres de vingt mille etudiants. Cet imperatif de professionnalisation ne sera pas atteint sans rencontre approfondie avec le monde de l'entreprise. On voit desormais quel sera le nouvel equilibre recherche par l'universite : le tryptique culture generale et disciplinaire, recherche, professionnalisation.

Le plus important sans doute est de valoriser l'aventure de la sortie des etudes pour les jeunes. C'est tout le sens de la politique conjointe de validation des acquis et d'installation de la formation continue a l'universite. Ma conviction est que l'universite dans le siecle qui vient sera l'universite de toute la vie, et que cette mission sera pour elle la meilleure realisation.

Sixieme question : quelle place dans le nouvel equilibre pour la recherche universitaire ? Il faut d'abord expliquer a la France ce qu'est la recherche universitaire. C'est une tache ardue, mais essentielle. Pour le grand public, et meme parfois pour une partie des decideurs, l'idee que l'universite a une vocation majeure a la recherche provoque le scepticisme. L'universite apparait pour eux comme un organisme d'enseignement superieur, dont la vocation a la recherche est obscure. Il est essentiel d'expliquer d'abord qu'il n'y a pas de transmission du savoir sans mise a jour et creation du savoir et ensuite qu'il n'y a, dans aucun pays du monde d'universite sans recherche. Les rares tentatives qui ont ete faites ont ete un echec. Dans la plupart des grands pays, c'est meme l'universite qui est le lieu central de l'activite de recherche. Le choix de la France de creer, parallelement a l'universite, de grands organismes voues exclusivement a la recherche est un choix historique et qui permis des resultats majeurs. Mais ce choix a rendu plus difficilement lisible cette double vocation. Il faut la reaffirmer, la defendre et la promouvoir. Il faut rappeler que parmi les grands savants francais recemment distingues par la communaute internationale Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, est un universitaire. Jean-Marie Lehn, prix Nobel de Chimie, est un universitaire. Pierre-Louis Lions, medaille Fields en mathematiques est un universitaire. Jean-Christophe Yoccoz, medaille Fields, est un universitaire. Cela impose une reconnaissance renouvelee de l'universite comme l'un des trois instruments de recherche de la nation, l'un des deux instruments de notre politique publique de recherche. L'administration de la recherche doit manifester cette reconnaissance et cette consideration. Entre les deux instruments de la recherche publique, aucun des deux n'a vocation a etre soumis a l'autre. Ils concourent tous les deux, en collaboration le plus souvent, a notre effort national. L'evaluation de leur travail doit etre transparente et conduite dans des conditions d'incontestable objectivite.

La collaboration entre les deux instruments de recherche ne prendra sa pleine efficacite que si le decloisonnement devient effectif entre eux. Il me semble qu'il y a place dans la vie de beaucoup de chercheurs, ou que soit leur poste aujourd'hui, pour un temps en organisme et un temps a l'universite. Les allers-retours entre l'universite et les organismes de recherche devraient devenir une pratique courante. Je le dis avec force : les enseignants-chercheurs sont des chercheurs. Et l'universite francaise, les etudiants francais ne peuvent pas se passer du capital de science, d'experience et de conscience qu'ont accumule les chercheurs des grands organismes. Nous ouvrirons, Francois d'Aubert et moi, une discussion avec eux pour recueillir leur avis sur cette perspective, comme nous avons recueilli l'avis des universitaires.

Enfin, tout en reaffirmant la mission premiere de l'Etat dans la recherche fondamentale, il faut mettre l'accent sur la recherche appliquee et sa valorisation. Cette reconnaissance suppose que l'existence de contrats passes avec les entreprises ou les depots de brevets soient mieux pris en consideration dans l'appreciation portee sur l'activite des chercheurs.

Septieme question : une nouvelle place pour l'international a l'universite : depuis le moyen-age, l'universite n'existe que par l'echange qu'elle entretient avec ses homologues du monde. Comme au moyen-age, la necessite se fait de nouveau sentir que les formations accueillent et recoivent la decouverte d'autres societes, d'autres systemes de pensee du monde. Tour de France autrefois, tour d'Europe aujourd'hui. La France proposera a ses partenaires europeens que les formations universitaires de deuxieme cycle prevoient systematiquement la validation d'un semestre dans une autre universite europeenne ou, a defaut, dans une autre universite du monde. Ces semestres europeens devront etre organises par voie d'echanges. Bien entendu, l'organisation de l'annee universitaire qui rend le calendrier francais compatible avec les autres calendriers universitaires et mondiaux est a cet egard cruciale. Ce semestre europeen peut etre une veritable revolution dans les formations.

Huitieme question : une nouvelle gestion des carrieres universitaires. J'ai essaye d'eclairer tout a l'heure le quiproquo qui explique une partie des difficultes de relation entre l'opinion publique et l'universite, l'ignorance de l'importance de la recherche a l'universite. Mais les Francais et les etudiants ignorent que ce quiproquo est pousse a son comble dans l'organisation des carrieres. Ils seraient stupefaits d'apprendre que la carriere des universitaires ne se fait, pour l'essentiel, que sur un seul critere : l'appreciation des publications de recherches. Or, si la mission de l'universite est double, il est totalement injuste que l'une de ses deux missions ait l'exclusivite dans l'evolution des carrieres. Cela invite, pour ne pas dire oblige, les universitaires qui ont le souci legitime de leur reconnaissance a arbitrer contre l'engagement dans l'enseignement et plus encore dans l'animation des UFR ou des universites. J'ai vu ce paradoxe ou cette anomalie poussee a l'absurde, de grands presidents d'universite reconnus par l'ensemble de leurs pairs, dont la carriere etait pour ainsi dire sacrifiee par leur reussite au service de l'universite. Ce systeme est absurde et doit etre change ! Les criteres de la definition des carrieres doivent tenir compte, en toute justice, de la dualite de la mission universitaire, pour ne pas dire les trois missions universitaires, car j'ajouterais volontiers la mission d'animation. Il ne me parait pas normal de ne pas ajouter a la reconnaissance de la mission d'enseignement, celle de la mission d'animation, au premier chef presidence des universites ou animation d'equipes.

De la meme maniere, il faut repondre a une attente souvent exprimee en retenant le principe d'une evolution du statut des prags pour que ceux d'entre eux qui sont d'authentiques chercheurs puissent assumer une partie de la recherche universitaire ; de leur cote, les Ater se plaignent d'une trop grande precarite dans le contrat qui les lie a l'universite. Je souhaite que nous traitions au travers de ces deux exemples, deux des insatisfactions des jeunes universitaires agreges attires par la recherche ou des jeunes docteurs qui vivent la difficulte de l'entree dans une carriere plus difficile d'acces, pour des raisons demographiques, qu'elle ne l'etait autrefois. J'ai recu beaucoup de plaintes sur les procedures de recrutement, montagnes de dossiers a photocopier, voyages d'un bout a l'autre de la France pour quelques minutes d'entretien. Les jeunes docteurs candidats sur ces postes ont l'impression d'un manque de consideration. Je vais lancer une consultation aupres de tous les candidats pour savoir si cette impression est majoritairement la leur. Je communiquerai les resultats de cette consultation a la CNU. Je proposerai, en concertation avec tous, de corriger ces dysfonctionnements avant qu'ils ne provoquent une impression de decouragement trop importante.

J'ai deja eu l'occasion de dire, a de multiples reprises, que les personnels IATOS jouent un role essentiel dans le fonctionnement des universites. Il faut que leur place soit aujourd'hui pleinement reconnue, que leur gestion soit unifiee, simplifiee, dans le cadre de corps nationaux. Sur ce point, il nous faut assurer un equilibre entre la necessaire mobilite externe ou interne des agents et la reconnaissance d'une specificite de gestion des personnels affectes dans les etablissements d'enseignement superieur. Je souhaite que la reflexion engagee aboutisse a une simplification statutaire, qui permette une veritable mobilite des personnels et une plus grande implication des universites dans leur gestion.

Derniere question : la modernisation des universites. nous voyons bien que s'exprime une double attente : celle d'un role fort de l'Etat, assurant l'egalite des chances, la valeur des diplomes, l'equite de traitement, et, en meme temps, le besoin d'une forte capacite d'initiative locale, le besoin d'une reconnaissance de l'autonomie des universites. Ces deux aspirations sont-elles incompatibles ? Je crois le contraire. Je souhaite que les universites se voient offrir des possibilites nouvelles de gestion, dans le cadre d'une politique contractuelle renovee placee sous la responsabilite de l'Etat.

Les universites sont aujourd'hui des ensembles complexes a gerer. Le renforcement de leurs equipes de direction est necessaire car elles font appel a des competences nouvelles qui supposent bien souvent des profils specifiques. Je m'engage a aider les universites dans cette demarche. Les universites souhaitent egalement que leur gestion soit facilitee par la modification de certaines regles qui compliquent le fonctionnement des universites comme l'interdiction de cotiser directement aux assedic pour les personnels contractuels de droit prive ou bien de pratiquer des amortissements pour assurer le necessaire renouvellement des equipements. Je crois que leur desir est juste.

Les outils de gestion sont un autre moyen de consolider l'autonomie des etablissements. Je sais que des instruments ont ete developpes a l'initiative de l'Etat et des universites. Il nous faut maintenant encager une politique volontariste de generalisation de ces instruments de gestion. Ceci sera fait dans les deux prochaines annees et s'accompagnera de la creation d'une agence de modernisation des universites rassemblant les differents organismes qui oeuvrent deja dans ce domaine. C'est en donnant aux universites de tels outils qu'on favorisera leur evaluation et leur transparence qui est la contrepartie indispensable de l'autonomie.

La question de la propriete des locaux universitaires est un levier de renforcement de l'autonomie des universites. Nous proposons d'engager avec les universites qui le souhaiteront un mouvement de transfert de la propriete de ces locaux de l'Etat vers les etablissements d'enseignement superieur. Bien evidemment, cette devolution de la propriete ne peut se faire que progressivement, sur plusieurs annees, apres remise en etat de ces locaux s'il y a lieu et en transmettant les moyens correspondants.

Pour gerer certaines activites a des fins non lucratives qui font intervenir des partenaires exterieurs comme les entreprises ou les collectivites territoriales, je vais inviter les universites a creer des fondations qui contribueront a une plus grande transparence de la gestion et a une meilleure apprehension de l'ensemble des ressources de l'etablissement..

Il apparait egalement que la creation d'un conseil d'orientation peut-etre un moyen efficace pour mieux impliquer les divers partenaires dans la definition d'une strategie de developpement de l'universite. Le gouvernement suggerera aux universites ce changement.

Il va de soi que le contrat d'etablissement est le support privilegie de cette politique car il reconcilie l'autonomie des etablissements avec la definition des politiques qui relevent de la responsabilite de l'Etat. Le contrat d'etablissement prend en compte l'attribution des moyens, notamment des postes selon un plan pluriannuel. Des contrats de meme nature peuvent etre negociees avec d'autres collectivites territoriales ou avec des ensembles de collectivite.

Voila les grands principes que le gouvernement a tire des Etats-generaux. Pas plus aujourd'hui qu'hier, il ne pratiquera la politique de l'oukase. Ces principes vont etre discutes, vont faire l'objet d'evaluation, d'appreciation, de critiques sans doute. Je crois qu'aucun d'entre eux ne sera considere comme infonde ou de parti pris. Mais il est normal qu'ils soient examines. Leur mise en oeuvre fera l'objet d'un partenariat, d'un travail ou, a chaque etape, les acteurs concernes seront partie prenante. Certains d'entre eux demanderont des amenagements legislatifs ou reglementaires. Je crois qu'ils n'obligent pas a concevoir une de ces cathedrales legislatives que la France aiment tant, qui dechainent les passions quand on les discute, qui visent a inscrire le nom d'un ministre dans le marbre, et qui sont d'assez peu d'effet par la suite. Le changement est profond, mais il peut etre assume, aux corrections pres, dans le cadre des lois existantes.

Le calendrier : a ecouter les principes enonces, les experts de notre universite auront mesure l'ampleur des changements qu'ils laissent pressentir. Il me semble que c'est a l'occasion des deux prochaines rentrees, celle de 1997 et celle de 1998, que l'essentiel de ces changements devrait commencer a se faire concretement sentir. Meme si nous savons que pour certains des chapitres de ce plan, je pense a la filiere technologique par exemple, il faudra de six a dix ans pour qu'elle prenne son plein effet.

Reste la question des moyens : nous vivons un temps budgetairement difficile. Vous aurez sans doute ete frappes comme moi de la concomitance de la victoire de deux coalitions opposees, de centre-droit et de droite en Espagne, de centre-gauche et de gauche en Italie. Quelle a ete la premiere declaration des deux chefs de gouvernement qui entraient en fonction en meme temps, Jose-Maria Aznar en Espagne, Romano Prodi en Italie : tous les deux ont consacre leur premiere declaration a la baisse de la depense publique. Nous n'aurons pas beaucoup d'argent. Il faudra, le plus souvent, faire mieux avec ce que nous avons. Mais lorsqu'on n'a pas beaucoup d'argent, il est plus important encore de programmer la depense. Le premier ministre et le president de la Republique m'ont donne leur accord pour que ce plan donne lieu a une programmation concertee avec les acteurs du systeme, pour qu'il permette de degager les calendriers et les priorites de l'effort national qu'il faut continuer de conduire. Je crois a la programmation comme une demarche civique, d'un peuple adulte qui se donne des rendez-vous et se donne les moyens de controler que ces rendez-vous sont tenus.

Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, les questions d'universite sont une question pour la societe. La demande de savoir, on ne s'en apercoit pas encore imposera un changement en profondeur des pratiques sociales et des equilibres meme de la societe. Convenons-en : nous venons du temps de la societe de castes. La caste n'etait plus definie par le sang mais par le diplome. Ce temps-la est fini. Ce qui va changer par cette revolution universitaire, ce n'est pas d'abord l'universite. Ce qui doit changer, c'est la societe. L'universite nouvelle oblige la societe a sortir de la societe de castes. Le temps du partage systematique du travail entre executants et concepteurs, avec l'avantage de situation et de consideration aux concepteurs sur les executants, ce temps a trouve sa limite. L'universite nouvelle impose d'inventer une societe nouvelle, qui repartisse mieux l'execution et la conception. Tous concepteurs, tous executants, ou du moins le plus grand nombre. C'est une revolution dans la societe. Les humanistes de toutes convictions se reuniront pour penser que derriere l'equilibre que nous recherchons pour l'universite, il y a une plus grande dignite de l'homme. Et cela est une revolution heureuse.

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Ce document (/positions/etats-generaux1996/bayrou-18-06-96.html) a été mis à jour le 11 juin 2007