
cjc.jeunes-chercheurs.org/divers/insertion-pro/cdg/index.htmlCollectif des Doctorants Grenoblois
MRASH
1221 avenue des universités
38 040 Grenoble Cedex 9
Cette journée-débat a l'initiative du CDG, n'aurait
pu être organisée sans l'aide des universités
grenobloises et en particulier des membres du comité de
pilotage (1), et sans la participation des intervenants aux ateliers.
Nous remercions vivement toutes ces personnes.
INTRODUCTION (2)
La thèse ne constitue pas un diplôme sanctionnant un programme de formation bien établi. Pour apprécier le travail réalisé, il est nécessaire de regarder attentivement deux aspects de la thèse : la production de connaissances, avec les apports de la thèse et des publications dans un domaine de recherche particulier ; les conditions de réalisation de la thèse au travers des modalités de financement, d'insertion dans un laboratoire et dans une équipe de recherche, les responsabilités administratives et d'enseignement, les collaborations extérieures avec d'autres universités ou des entreprises, ...
Il s'agit bien d'une expérience professionnelle au métier de chercheur, ce qui est reconnu dans les procédures de recrutement des emplois académiques. L'objectif de la journée a consisté à discuter de la possibilité et des moyens d'étendre cette reconnaissance à d'autres secteurs d'activités pour accroître nos chances d'insertion.
Cette insertion pose effectivement problème, comme l'a rappelé E. Janeau sur la base d'une enquête très récente, réalisée par M. Martinelli du Centre d'Etudes et de Recherche sur l'Emploi et les Qualifications (CEREQ). Il en ressort que les diplômés de l'enseignement supérieur sont en hausse (22% en 1983, 42% en 1996), et que l'augmentation est encore plus forte pour les diplômés d'un troisième cycle (surtout en sciences exactes). Les thésards en sciences exactes représentent les 2/3 des thèses en France (il y a environ 10 000 thèses soutenues en France chaque année). En ce qui concerne l'insertion des diplômés de 1994 (âgés de moins de 35 ans) : les docteurs ont une position assez favorable mais moins que les ingénieurs. Après six mois de chômage, les docteurs se retrouvent en position plus favorable. Trois ans après leur sortie, les docteurs sont généralement bien insérés et du point de vue du salaire ils sont les mieux payés avec tout de même (comme partout!) une disparité homme / femme. Cependant, une autre enquête, réalisée auprès des docteurs en sciences sociales de Grenoble, révèlent que ceux qui ont soutenu en 1994, ont trois ans après, un plus fort taux de chômage que les diplômés de second cycle en économie et gestion ou en psychologie, trois ans après l'obtention de leur diplôme sur la même période.
M. Gaubert de l'INPG a ensuite présenté les Doctoriales : ce sont des séminaires résidentiels d'une semaine essentiellement destinés aux docteurs en deuxième année qui leur permettent de prendre contact avec le monde de l'entreprise. L'Association Bernard Gregory et la Direction Générale des Armées ont participé à la mise en place de ces rencontres. Le but est de dynamiser les doctorants en cours de thèse, et de leur faire découvrir leurs capacités et leurs savoir-faire. En 1997, 80 docteurs étaient présents dans le Vercors et 70 à Lyon. Sur le plan national 30 séminaires s'organisent actuellement, touchant ainsi 2000 à 2500 docteurs. Au cours de cette semaine, un travail de groupe a été effectué, sur un projet d'innovation ; ce dernier a été présenté devant un jury à l'issue de ces Doctoriales. Les docteurs ont donc appliqué leurs compétences à d'autres domaines que leur sujet de thèse et ont effectué un travail collectif et pluridisciplinaire.
Les universités grenobloises ont largement soutenu et aidé
l'organisation de cette journée et les personnels des universités
étaient invités à y participer : la
promotion du travail des docteurs passe nécessairement
par la défense de la recherche publique ; ... et réciproquement.
Notre sort est lié à celui de la recherche, tant
publique que privée. C'est ce qu'a toujours soutenu le
CDG.
Atelier "CONTRAT DE THESE" (lisibilité du travail de thèse)
Intervenants: B. Ycart Ecole doctorale math-
info ; M. Giroud Association Bernard Grégory ; J-L.
Bodin Confédération Générale des
Petites et Moyennes entreprises de l' Isère ; P. Martin
CIO sup de l'UPMF , C. Bareau Confédération
des Etudiants Chercheurs.
L'objectif d'un contrat de thèse est d'homogénéiser les conditions du travail de thèse, qui peuvent être très différentes au sein même d'une discipline, ou d'un laboratoire, de préférence en l'établissant sur le modèle du contrat de travail salarié. Il faut donc responsabiliser le doctorant, son directeur de thèse et le directeur du laboratoire, en ce qui concerne le sujet de thèse, les moyens de travailler et de vivre, le délai imparti à la recherche et les ambitions de valorisation du travail. Il apparaît donc nécessaire que tout cela soit écrit. Une charte des thèses est aujourd'hui en cours d'élaboration au ministère, mais nous devons nous en saisir au niveau local pour faire accepter ce qui n'est qu'une trame générale et en enrichir le contenu.
Le directeur de l'Ecole Doctorale de Math-Info (UJF) essaie de mobiliser les docteurs par des réunions régulières. A l'issue de ces réunions, il a rédigé un texte sur ce qu'est une thèse et son déroulement. Des informations sont disponibles à l'adresse suivante : http://www-ufrimag.imag.fr. Selon lui, le plus important est d'instaurer un dialogue. Pour les directeurs de thèse, signer un contrat est choquant car dans la majeure partie des cas il y a une relation " paternelle ", amicale entre le directeur et le docteur. De plus, définir dans son ensemble un sujet n'est pas une chose facile. Il est nécessaire d'instaurer un suivi régulier du thésard par son directeur. Ce suivi doit être plus important en première année puis il faut laisser le thésard prendre des initiatives (sans pour autant qu'il soit livrer à lui-même).
M. Giroud, représentante de l'ABG, estime que le contrat peut apporter de bonnes choses comme présenter des pièges. En effet, la notion de responsabilisation est importante et il faut être concient que l'on prend des risques lorsqu'on s'engage dans un sujet. Mais un des pièges serait de tout vouloir codifier.
M. Bodin (membre de la CGPME et chef d'entreprise) pense que le
contrat peut être un cadre pour les relations humaines,
comme l'est un contrat de travail. Le mieux serait la création
d'une trame nationale dont l'application serait adaptée
à chaque discipline ou laboratoire. Pour lui, en tant que
chef d'entreprise le contrat n'est pas un instrument de promotion
dans le secteur privé. C'est plutôt l'aspect relationnel,
l'insertion dans un laboratoire et la participation à des
colloques qui importent.
La discussion dans l'atelier a fait apparaître les conclusions suivantes.
Le contrat de thèse ne doit pas être un document trop prescriptif et contraignant pour la législation des relations docteur-directeur de thèse, ni un document établissant les compétences que va acquérir le doctorant. Le contrat de thèse devrait être :
- un engagement des droits et des devoirs de chacun dans une démarche qualité sur les conditions matérielles, la valorisation du travail auprès de la communauté scientifique. Le sujet de la thèse (évolutif par nature) doit s'insérer dans une démarche scientifique réfléchie.
- un outil d'information pour les futurs et jeunes doctorants.
- une base de départ pour le docteur dans l'élaboration de son bilan de compétences et de son projet professionnel.
Atelier "CRITERES DE RECRUTEMENT"
Les intervenants : G. Chouteau directeur du département d'études doctorales de l'UJF , J.L. Buevoz président de l'Association Bernard Grégory de Grenoble, J.D. Zanus IFORPH, P. Martin CIO sup de l'UPMF.
Cet atelier avait pour ambition de discuter des critères de recrutement dans le public et le privé.
G. Chouteau a tout d'abord rappelé les difficultés rencontrées aujourd'hui par les jeunes docteurs pour occuper un poste dans l'enseignement ou la recherche publique ; l'augmentation des candidatures conjuguée à une stagnation des emplois offerts dans le secteur académique se traduit par des critères de recrutement de plus en plus élevés ; cette évolution tend à rendre obligatoire, au sein de l'UJF, deux années de post-doc. Une telle surenchère est d'autant plus inquiétante qu'elle est antinomique avec les critères de recrutement du secteur privé ; plus le docteur reculera son arrivée sur le marché du travail, plus il connaitra des problèmes pour s'insérer.
Dans cette optique, J.L. Buevoz a souligné la nécessité d'avoir un projet professionnel ; la thèse doit être une période durant laquelle le thésard doit se constituer un réseau, établir les contacts appropriés, notamment en ayant un investissement relationnel fort envers les entreprises.
"Identifier qui l'on est" a été un des principaux points repris par les intervenants travaillant dans la gestion des ressources humaines. J.D. Zanus et P. Martin ont ainsi exprimé la nécessité pour le doctorant de s'interroger sur ses compétences, son potentiel, car il sera difficile au recruteur de cerner le candidat si lui même rencontre des problèmes pour se définir.
M. Zanus accompagne des personnes en recherche d'emploi, surtout des cadres et des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur dont il constate qu'ils ne savent pas définir quelle pourrait être leur place dans l'entreprise. Cette dernière regarde essentiellement : la nature du projet, la motivation (c'est la personne qui choisit l'entreprise et non l'inverse), les compétences (il faut savoir les faire connaître), la personnalité, le potentiel d'évolution, l'avenir du candidat. Tout cela touche au fameux tryptique du savoir, savoir-faire et savoir-être, dans une version dynamique puisqu'il faut définir ce que l'on veut faire plus tard, dans un projet clair et cohérent.
Par ailleurs, on peut penser que la volonté de faire reconnaître la thèse comme une première expérience professionnelle et un premier emploi, invite à s'interroger sur le recrutement des doctorants par les laboratoires et/ou les partenaires industriels. Un projet de thèse devrait être présenté comme un projet professionnel, centré sur l'intérêt des résultats attendus par rapport au sujet, sur la valorisation des résultats et sur la suite à donner à ce travail de recherche (débouchés éventuels).
La question du CV a été soulevée, et notamment le fait de savoir si on doit afficher un cursus de formation ponctué par la thèse, ou la présenter comme une expérience professionnelle. La réponse des intervenants a été catégorique : elle doit être présentée comme une expérience professionnelle, déclinée suivant les compétences mises en oeuvre et les différentes missions prises en charge par le thésard. Ceci répond d'une certaine manière à la question centrale de la journée.
Les remarques faites sur le projet professionnel, le CV ou la
préparation aux entretiens valent aussi bien pour une candidature
dans le privé que pour une commission de recrutement à
l'Université.
Atelier "CRÉATION D'ENTREPRISES"
Les intervenants : E. Monchal École des Mines d'Ales
; J.F. Mouret docteur et créateur de Génome
express ; I. Marouard responsable à la CCI de l'aide
à la création d'entreprise ; J. Robert ASTEK,
pépinière d'entreprise du CEA ; Trapèzes,
association fonctionnant aussi en junior entreprise en sociologie
; E. Romatet docteur et créateur de l'ASUE (Association
Service Universités Entreprises) ; M-F. Soulage,
CELAIO UJF, animatrice de la session.
Les docteurs créateurs de leur activité ont présenté leur parcours. Même si leurs activités sont différentes, les difficultés rencontrées sont les mêmes. Il ressort de leurs expériences qu'une bonne idée ou une bonne technologie peut être à l'origine d'une activité industrielle et commerciale, si elle peut être maîtrisée et vendue. Pour ces personnes, la création d'une entreprise représente une aventure qui nécessite de nombreux sacrifices personnels et financiers.
J.F. Mouret (Génome express) a travaillé quelques années comme technico-commercial dans une entreprise de biologie moléculaire. Il a ensuite créé son entreprise de service technique tournée vers les chercheurs et les industriels. Il a démarré avec un seul client (CEA). La partie difficile a été de trouver les fonds (propres et banques). Depuis 1994, deux autres sociétés sont nées. La création d'une entreprise nécessite selon lui, des sacrifices personnels importants et de bien savoir s'entourer (commercial, technicien et gestionnaire). Les bénéfices d'avoir travaillé dans une entreprise avant de créer la sienne est d'avoir pu épargner l'argent ensuite nécessaire, établir un réseau de connaissances et d'avoir une meilleure connaissance du marché.
La présidente de l'association trapèze a précisé qu'il s'agissait au départ d'une association de promotion de la sociologie. Depuis sa mission est également de répondre aux appels d'offre pour offrir des moyens de se financer à des doctorants ou de jeunes docteurs. Elle souligne que la relation commerciale et les réseaux sont des aspects primordiaux de l'activité.
E. Romatet a fait sa thèse après un passage en entreprise. Après une période de chômage, il a crée une association ASUE (association de service université-entreprise). L'ASUE a pour objectif de vendre des missions de recherche aux entreprises, missions effectuées par un jeune docteur au chômage, dans le cadre d'un laboratoire universitaire. Pour l'entreprise, qui peut être une PME, ce service assure une certaine flexibilité. Pour le jeune docteur, cette mission est l'occasion d'avoir un revenu, de garder un pied dans le milieu académique et de prendre contact avec l'entreprise. Pour le laboratoire, nécessairement défrayé pour son accueil, il gagne la satisfaction d'aider le thésard qu'il a formé. L'ASUE, qui a vocation à se monter en société, fait le travail de démarchage auprès des entreprises et permet de salarier les jeunes docteurs. L'association est âgée de quelques mois et a pour vocation de passer au statut d'entreprise le plus rapidement possible. Il témoigne des difficultés rencontrées pour obtenir des financements, avoir des conseils juridiques ou connaître les modalités pour définir un contrat. Un point essentiel est également la maîtrise de l'aspect commercial.
Les autres intervenants ont exposé certains des dispositifs d'aide à la création d'entreprise mais en conclusion la démarche reste solitaire et il ne faut pas compter sur les subventions pour aboutir. Elles ne sont qu'un petit plus, si on a la chance d'y avoir droit. I. Marouard explique ainsi qu'il ne faut pas a priori compter sur les aides d'état à la création d'entreprise, ces dernières ayant souvent des critères tels qu'on ne les rempli que rarement complètement. La CCI offre cependant des aides autres que financières : elle accueille 2200 porteurs de projet par an et les aide à la formation et au suivi du projet pour définir les marchés et leur volume. C'est aussi un relai pour le montage financier (la majorité des entrepreneurs débute avec moins de 100 000F d'apport personnel). Elle a aussi un rôle de mise en relation avec les financeurs jusqu'à la création de l'entreprise. Elle cite quelques données intéressantes sur le profil du créateur d'entreprise : les 2/3 sont des hommes, 50 % sont des demandeurs d'emploi, 39 % ont un bac+2 et on note que plus le niveau d'étude est élevée plus le taux de créateur est faible. La création porte pour 50% dans le commerce, 40% dans les services et 3-4 % dans l'industrie. D'après elle, une entreprise n'est viable que si on y trouve de bons commerciaux et de bons gestionnaires. Le choix de ces personnes ainsi que leur relation est prépondérant dans la réussite. 50% des créations avortent en 3-4 ans et les trois causes majoritaires d'échec sont : une mauvaise (voir inexistante) étude de marchés, un manque de capitaux (car mal évalué au départ) et la solitude du créateur d'entreprise qui ne sait pas toujours vers qui se retourner. Dans cette optique, la CCI permet de rencontrer des experts comptables, l'URSAF, des assureurs ou des juristes.
J. Robert s'occupe d'Astec qui est une pépinière d'entreprise du CEA. On y trouve 150 experts (marchés et concurrences), un réseau de correspondants techniques, des relais avec l'ANVAR (agence nationale de la valorisation de la recherche), un bureau d'étude marketing et des aides financières pour le transfert de technologie. Astec s'occupe essentiellement du transfert des technologies du CEA et accueil les essaimés (anciens du CEA créateurs de leur activités) pendant trois ans. Actuellement toute personne désirant faire un transfert des technologies utilisées au sein du CEA sera aidée même si elle n'appartient pas elle même au CEA ("il suffit d'y faire son marché").
M. Monchal de l'École des Mines d'Ales, offre le même type de service. Aprés une étude de faisablilité, ils apportent une aide technique pour la réalisation du projet ainsi qu'une aide de conseils (financiers, juridiques et commerciaux). Pour fidéliser l'implantation des jeunes créateurs en Languedoc-Roussillon, durant toute la phase de création de l'entreprise, des bourses de 7000f/mois sont proposées au porteur du projet.
En conclusion, il apparaît qu'une bonne idée ou une bonne technologie n'est rien si on ne peut la gérer et la vendre. Les différents intervenants ont exposé quelques aides existantes mais la démarche reste solitaire. En continuité avec cet atelier, le CDG se propose comme relai pour les personnes souhaitant créer leur activité ou s'associer à celle de E. Romatet. Nous souhaitons organiser les espaces de discussion pour la création d'une association d'aide à la création d'entreprise en partenariat avec les institutions universitaires. C'est une démarche auquelle les docteurs songent peu et c'est déjà une bonne chose de l'évoquer. Le ministère semble prêt à aider de telles initiatives par le capital-risque.
Atelier "PARTENARIAT RECHERCHE-ENTREPRISE "
Les intervenants: Mme Bec ANRT/CIFRE 101 avenue H. Poincaré
75116 Paris 01-44-17-36-30 bec@anrt.asso.fr responsable contrats
CIFRE, Mr M. Bona SGS-thomson Grenoble docteur-ingénieur,
Mr H. Perron CNRS/ENS/BIOMERIEUX chef de projet à
Lyon, Mr A. Freyssinet GIE Dryade informaticien a l'INRIA,
Mr M. Monchal école des mines d'Ales.
Concernant les contrats CIFRE, quelques rappels et chiffres ont été donnés ; ces contrats sont basés sur le principe d'un partenariat tripartite entre l'entreprise, le laboratoire de recherche et le thésard. L'industriel embauche le doctorant et participe financièrement à sa formation. Cela permet à des thésards d'effectuer leurs recherches en dehors des laboratoires académiques. Le nombre de ces contrats a fortement augmenté depuis leur création en 1981. A l'époque on comptait 50 conventions par an, alors qu'en 1998, on en prévoit 800. A la question "Est-ce que ces contrats concernent essentiellement les gros groupes industriels ?", Mme Bec répond que la moitié des conventions est signée par des sociétés de moins de 500 personnes, l'autre moitié concerne de gros groupes de recherche. Une petite PME peut faire appel aux contrats CIFRE. Toujours selon Mme Bec, le CIFRE est un indicateur de la croissance économique du pays. Quant à leur insertion professionnelle depuis 1981, 75% des CIFRE seraient maintenant en 1997 intégrés dans l'indusrie, 10% dans le milieu académique, le reste regroupant post doc et autres .
Mr Bona souligne qu'il n'est pas toujours facile pour le thésard d'arriver à gérer le conflit entre les projets a court terme dans l'entreprise et le travail à long terme que constitue la thèse. Mais c'est valorisant et enrichissant lorsque l'on y parvient.
Mr Perron soutient le concept d'unité mixte à travers le partenariat entre l'industrie et la recherche publique type CNRS, INSERM... La recherche s'effectue en amont afin d'en dériver des applications pratiques. Selon lui la thèse doit être un projet d'insertion avec un contenu ciblé et des perspectives envisageables. Le projet peut évoluer selon l'évolution de ces mêmes perspectives.
Pour Mr Freyssinet, l'unité mixte est idéale pour l'insertion professionnelle du thésard. La majorité des thésards qui étaient avec lui dans une telle unité sont maintenant chez Bull, Xerox.. un seul est devenu maître de conférence et un autre a été embauché à l'INRIA
Mr Monchal, à travers l'école des mines d'Ales,
accueille 600 élèves par an, dont 70 doctorants.
En 1985, l'école a commencé à soutenir les
chercheurs désireux de créer leur entreprise dans
des domaines aussi variés que l'informatique, les sciences
des matériaux, la chimie, l'environnement... Les projets
ne sont pas forcément liés à la thèse.
Le taux de réussite est de 60%. Actuellement 13 créateurs
d'entreprises sont issus de cette formation dont 2 docteurs.
CONCLUSION
En conclusion, une synthèse des discussions des quatre ateliers a été proposée à chaud.
- le contrat de thèse n'est pas parfaitement défini. Le ministère doit proposer une trame mais les docteurs doivent être là pour l'enrichir localement et en fonction des disciplines. Il est ressorti qu'elle doit garantir les conditions de travail et les responsabilités de chacun seront engagées. Quand à la lisibilité du travail à l'extérieur de l'Université, les avis sont apparus très partagés.
- les critères de recrutement : le plus important à retenir est le projet professionnel, il doit être défini le plus tôt possible et inclure le projet de thèse.
- la création d'entreprise : les doctorants et jeunes docteurs ont un potentiel d'innovation et de création d'entreprise, mais ils songent peu à s'y lancer. Pourtant, de nombreuses aides (ministère, CCI, universités, ...) pourraient être sollicitées dans cette période de chômage.
- le partenariat recherche-industrie : si tout le monde en reconnaît
l'utilité, les relations entre ces deux milieux restent
encore trop peu développé, notamment dans le cadre
des thèses, et en particulier en sciences sociales. C'est
pourtant un moyen principal pour trouver des financements et étendre
les débouchés en faisant (re)connaître le
travail du docteur.
Nous avons encore rappelé nos axes d'action et quelles perspectives peuvent être données à cette journée. Pour le moins, il semble encore utile de mobiliser l'ensemble des personnels de l'université, doctorants compris, pour avancer sur l'amélioration générale des conditions de réalisation de la thèse. L'objectif est d'offrir plus de lisibilité au travail fourni par les thésards. Sans attendre, il faut interpeller les entreprises, collectivement, mais aussi individuellement, pour susciter des collaborations pendant la thèse. Les universités sont prêtes à nous soutenir, encore et toujours, dans ces activités.
A. Siganos, président de l'université Stendhal qui nous accueillait, est notamment intervenu pour souhaiter une plus grande adhésion des jeunes et moins jeunes chercheurs à ce mouvement. Il cherche à mobiliser tous les directeurs de recherche, en faveur d'une charte de thèse et d'une ouverture vers les entreprises.
C. Courlet, vice-président de l'université Pierre Mendès France, chargé de la recherche, a rappelé les actions déjà engagées par l'UPMF en faveur des docteurs (bilan de compétences, doctoriales, enquêtes, ...). Elles sont complétées par des initiatives dans deux directions : la création d'entreprises (en sciences sociales en particulier) et des missions aux objectifs partagés avec les entreprises, les collectivités locales ou les associations. Il souhaite le développement de thèses financées en collaboration avec les entreprises.
P. Gentil (INPG) insiste sur le fait que "docteur = chômeur" n'est pas la réalité et qu'il faut supprimer cette idée. La situation d'un surplus de docteurs peut s'inverser rapidement et il ne faut pas avoir un discours trop péssimiste qui puisse décourager les nouvelles générations.
Le C.D.G. a été invité à intervenir dans le conseil scientifique de chaque université afin que tous soient sensibilisés aux problèmes des docteurs.
Cette journée et les interventions de conclusion des responsables des universités, tracent des perspectives intéressantes. Nous souhaitons offrir à de jeunes docteurs qui sont actuellement sans emploi, les moyens de s'associer afin d'unir leurs efforts dans la recherche d'emplois ou la création d'une activité. Les deux initiatives sont dailleurs certainement complémentaires dans la démarche. Le CDG est effectivement en mesure de faire le relai entre des personnes isolées. Si des personnes se manifestent, le CDG peut surtout obtenir une aide matérielle et des services de la part des universités pour favoriser l'organisation de cette structure. Par ailleurs, entre la recherche d'emploi et la création d'entreprise, certaines personnes sont déjà engagées dans l'Association Service Université Entreprise.
ALLOCUTION INTRODUCTIVE
Le thème de discussion proposé peut se résumer
à la question suivante : la thèse est-elle un diplôme
ou une expérience professionnelle ? En fait, elle est certainement
les deux, mais il est indispensable de rompre avec la seule représentation
de diplôme.
Le CDG (Collectif des Doctorants de Frenoble) s'est créé
il y a près de trois ans, pour répondre à
une même ambivalence : nous sommes des étudiants,
et des chercheurs, parfois des enseignants-chercheurs. Il s'est
constitué depuis que deviennent flagrants les problèmes
de débouchés des docteurs, grâce en particulier
au rapport Hot Docs qui a mis en évidence un certain nombre
de problèmes présents depuis longtemps, mais trop
épars pour être réellement pris en
compte. Les axes d'action du CDG peuvent être synthétisés
par deux propositions, qui montrent bien que notre sort est lié
à celui de la place de la recherche dans la société.
Le premier est de revaloriser l'activité de recherche
à l'université. Cela doit se faire en réhabilitant
sa place dans les missions de l'université, qui n'est pas
seulement une mission d'enseignement, d'autant plus si on tient
à défendre un lien entre enseignement et recherche,
principe fondamental de l'enseignement supérieur. Claude
Allègre est un remarquable promoteur de ce lien dans les
médias, mais il faut que ses paroles soient suivi en actes,
dans les politiques de créations de postes, en cessant
de recourir de façon massive aux postes de PRAG ou aux
heures complémentaires.
A partir de là, on peut se saisir du deuxième axe d'action : la valorisation de la formation par la recherche hors du secteur académique. Il est directement lié au thème de la journée : la formation par la recherche se résume-t-elle à un diplôme, ou possède-t-elle l'épaisseur d'une expérience professionnelle ?
On peut tout dabord dire pourquoi la thèse n'est pas un diplôme comme un autre. Un diplôme sanctionne une formation, c'est-à-dire un programme et une forme d'enseignement, de telle sorte que son titulaire offre en présentant son titre une information précise. Il est bien évident qu'avec la thèse, nous sommes loin d'une telle situation pour différentes raisons. En tout premier lieu, parce qu'elle n'est pas associée à un enseignement. On la nomme "formation par la recherche", mais c'est une formation par expérience, ce que connaît tout professionnel, en particulier dans la recherche. Ainsi, pour identifier son contenu, il faut regarder attentivement le travail réalisé par le docteur, les phénomènes étudiés, les théories et les méthodes utilisées, le laboratoire dans lequel il a évolué, l'équipe avec laquelle il a travaillé, les autres aspects de son activité, les articles ou les brevets qu'il a pu déposé, etc. En d'autres termes, il faut autant d'attention qu'en demande l'appréciation de n'importe quelle expérience professionnelle.
Cette attention est celle qui est portée dans le recrutement académique. Si la thèse est le diplôme passeport pour postuler à un emploi universitaire, il est indéniable qu'elle est surtout une expérience professionnelle pour ce type d'emploi. C'est pourquoi le titre de la journée ne contient pas de point d'interrogation. Elle est une expérience professionnelle aux métiers de la recherche. C'est un travail autant qu'un autre, et aussi différent que le sont tous les emplois qui composent l'activité économique. Il n'y a pas d'un côté des emplois qui auraient une même essence conférant le statut de professionnel, et en marge, la recherche, qui serait à ranger dans la catégorie des études ou des loisirs.
Cette affirmation est tout à fait importante, même si une journée comme celle-ci ne peut s'en contenter. Si elle est insuffisante, elle est nécessaire : c'est à partir de ce constat que l'on peut se poser la question suivante : la thèse est-elle une première expérience professionnelle pour d'autres formes d'emplois que ceux que nous connaissons à l'université ? Cela n'a rien d'évident. Nous avons tous à convaincre notre propre entourage du sérieux du travail que nous effectuons.
Pour cela, il faut répondre à deux interrogations : l'une sur le travail du docteur, l'autre sur l'environnement dans lequel on évolue.
La première porte sur les compétences et les qualités développées par le doctorant en cours de thèse et qui peuvent être recherchées par les entreprises. Au CDG, nous nous sommes déjà confrontés au premier et nous avons abouti avec l'aide de Jean-Luc Bodin, vice-président de la CGPME de l'Isère, à un texte d'une page, présentant divers aspects de notre activité, dans les termes qui sont ceux d'un emploi de cadre traditionnel : la gestion d'un projet qui suppose d'assurer sa faisabilité, de développer des concepts et des méthodes, d'assumer les contraintes de temps ; un travail d'équipe en s'insérant dans un groupe de recherche, en développant des collaborations dans le laboratoire ou les partenariats extérieurs ; une valorisation et une diffusion des résultats, par écrit comme par oral. Ce texte a été diffusé par la CGPME à sept cents entreprises du département. C'est un premier pas. Mais il ne peut être exclusif et il est indispensable de l'articuler au second volet de réflexion. Nous ne pouvons nous autres thésards, décréter que la thèse est une expérience professionnelle, sans le soutien et la collaboration des universités et des universitaires pour redorer conjointement le blason de la recherche publique et de notre propre travail.
La seconde consiste à savoir si l'organisation dans laquelle nous évoluons est si différente d'une autre organisation productive. En d'autres termes, ceux qui pensent que la thèse n'est pas une expérience professionnelle portent un regard critique sur l'ensemble de la recherche publique. Les deux aspects sont liés.
Dans la plupart des laboratoires, il y a des contrats de recherche.
Cela suppose un budget, des échéances auxquelles
il faut rendre des rapports, des coordinations et des coordinateurs,
des responsabilités qui incombent à différentes
personnes, une direction, un personnel administratif, une logistique,
etc. En bref, beaucoup d'aspects du fonctionnement des équipes
de recherche se rapprochent d'une activité d'entreprise.
Nous en discuterons précisément aujourd'hui. Pour
clore ce propos, je souhaite citer R. Tixier, ancien membre de
la DGRT et initiateur des doctoriales, aujourd'hui coordinateur
pour l'ABG des doctoriales au niveau national : "Les thésards
sont trop souvent dans un schéma d'étudiants en
train de décrocher un parchemin et n'ont pas conscience
de vivre une expérience professionnelle. Nous leur expliquons
que faire une thèse c'est déjà être
en contrat à durée déterminée dans
une PME qui est un labo." (Le Monde de l'éducation,
nov. 1997).
Cependant, les doctorants ne sont pas les seuls à ne pas avoir réellement conscience de ce que la thèse est une expérience professionnelle. Le milieu universitaire dans son ensemble est à convaincre, avant de se tourner vers les secteurs extra-académiques. C'est un objectif majeur de cette journée, qui prendra pour cela appui sur quatre ateliers. Ceux-ci ont pour but d'illustrer notre proposition par des témoignages et d'envisager les actions qui pourraient être menées pour en étendre la reconnaissance.
Nous discuterons ainsi du contrat de thèse, qui peut être
un moyen d'accroître la lisibilité du travail de
thèse, autant pour l'extérieur de l'université,
qu'en son sein. Nous évoquerons les critères de
recrutement dans le public et le privé parce qu'ils sont
des outils d'évaluation de l'expérience professionnelle,
et qu'ils peuvent guider les choix des jeunes doctorants, comme
cela est fait aux doctoriales. Le partenariat entre les universités
et les entreprises est un sujet qui permet de porter un regard
sur le travail fourni par la recherche publique, notamment quand
cette coopération met en jeu un doctorant. Enfin, une discussion
pourra avoir lieu sur la création d'entreprise parce qu'elle
valorise le potentiel d'innovation lié à la recherche,
et en particulier chez les jeunes docteurs.
L'effort de valorisation de la thèse ne peut être
que le résultat d'une démarche collective et c'est
le sens de l'action du CDG, particulièrement quand il s'agit
de valoriser notre travail de recherche et le système dans
lequel nous avons évolué. Le travail que nous faisons
et qui se concrétise par la discussion d'aujourd'hui est
une première étape pour offrir au docteur qui se
présente sur le marché du travail des cadres, en
recherche ou en hors-recherche, un accueil plus favorable, moins
méfiant.
E-mail : contact at cjc dot jeunes-chercheurs dot org © 1996-2009 Confédération des jeunes chercheurs.
Ce document (/divers/insertion-pro/cdg/index.html) a été mis à jour le 10 juin 2007