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Voir aussi l' article paru dans le journal "Formation par la Recherche" de l'ABG a ce propos
Institut de recherche sur l'économie de l'éducation
Irédu-CNRS
Université de Bourgogne
9, avenue Alain Savary
B.P.400
21011 Dijon cedex
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Web : http://www.u-bourgogne.fr/IREDU/
Les Notes de l'irédu
97/6
Ce travail s'insère dans la partie du programme
de l'Irédu consacrée à l'économie
de la connaissance et qui s'intéresse plus particulièrement
au marché de l'emploi scientifique et aux politiques de
recherche des entreprises, aux niveaux national comme international.
Il a pour objectif d'analyser l'impact des relations entre les
équipes d'accueil des doctorants et les entreprises sur
les conditions d'insertion professionnelle des jeunes docteurs,
notamment dans le monde industriel. Il se focalise sur la situation
des docteurs scientifiques diplômés en 1993 et 1994.
Il faut avoir à l'esprit que le début
des années quatre-vingt-dix, qui représente la période
de référence, constitue un moment charnière
dans l'évolution du marché du travail scientifique
en France comme dans les autres pays de l'OCDE. En effet, après
une phase de croissance intense, les effectifs de chercheurs en
entreprise au cours des années 1980, en France, sont passés
de 37 366 en 1982 à 57 030 en 1990. Ceci avait
fait craindre une pénurie de docteurs scientifiques. Depuis,
l'évolution s'est ralentie puisque le nombre de chercheurs
s'élevait à 66 713 en 1994. Dans le même
temps en France, les effectifs d'enseignants-chercheurs ont continué
à augmenter, passant de 39 883 en 1990 à 52 119
en 1994.
Dans une conjoncture de recrutement ralentie, la
concurrence entre offreurs de travail, ici les docteurs scientifiques,
s'exacerbe et les exigences des demandeurs de travail, les entreprises,
se font plus précises. Celles-ci considéreront donc
avec une attention accrue les caractéristiques des jeunes
docteurs susceptibles d'influencer la productivité de leur
travail de recherche et seront sensibles aux signaux se rapportant
à cette productivité potentielle. A cet égard,
les informations retirées de contacts préalables
tissés avec l'équipe au sein de laquelle le docteur
s'est formé, comme avec le docteur lui-même, peuvent
constituer des outils puissants d'aide à la décision
d'embauche.
Du point de vue des caractéristiques individuelles,
il faut notamment distinguer les docteurs qui seront passés
préalablement par une école d'ingénieurs
de ceux qui auront suivi un parcours purement universitaire. Le
diplôme d'ingénieur reste en effet considéré
par beaucoup d'entreprises comme une garantie d'adaptation plus
rapide.
Aux yeux des employeurs, la réputation des
équipes de recherche peut permettre d'apprécier
le niveau des compétences des docteurs qu'elles forment.
Cette réputation se reflète dans des indicateurs
plus ou moins standardisés, comme le label (équipe
CNRS, équipe INSERM...) qui est le résultat d'une
évaluation de la qualité des travaux par les pairs,
ou produits de l'histoire comme l'effectif de chercheurs. Ce dernier
peut en effet être considéré comme un indicateur
de réputation, dans la mesure où les postes sont
plutôt créés dans des équipes dynamiques
et conduisant des recherches de qualité. La réputation
se juge également à travers les collaborations entretenues
avec l'extérieur, qui sont à la fois produits et
productrices de réputation.
C'est pourquoi ce travail vise à explorer
l'hypothèse selon laquelle les relations entre équipes
de recherche et entreprises influencent les conditions d'insertion
en entreprise des jeunes docteurs scientifiques.
Pour approfondir une telle hypothèse, il a
fallu collecter des matériaux originaux dans la mesure
où, jusqu'à aujourd'hui, aucun travail ne s'était
penché sur les équipes d'accueil de doctorants en
tant qu'unités d'analyse. Cet intérêt de l'étude
constitue aussi l'une de ses limites puisqu'elle se présente
comme une première approche dans un univers qui mériterait
des travaux plus systématiques. La démarche a consisté
à identifier et à interroger les responsables des
équipes d'accueil des doctorants afin de collecter des
informations relatives aux caractéristiques des étudiants
ayant soutenu leur thèse en 1993 ou 1994 et à
celles de l'équipe dans laquelle ils ont été
formés. On a sélectionné un échantillon
stratifié de 53 D.E.A. (Diplôme d'Études
Approfondies) représentant les différentes disciplines
et régions (Paris/Province) au sein de la liste des D.E.A.
disponible à la D.G.R.T. (Direction Générale
de la Recherche et de la Technologie). L'enquête s'est déroulée
par téléphone au cours du premier semestre 1996,
ce qui correspond donc à une ancienneté des docteurs
sur le marché du travail comprise entre 12 et 36 mois.
Nous possédons ainsi les informations relatives à
1004 docteurs scientifiques formés dans 257 équipes.
Cinq secteurs scientifiques sont concernés : sciences pour
l'ingénieur, sciences de la matière, sciences de
la vie et de la santé, sciences de la terre et de l'univers,
mathématiques et applications.
Les responsables d'équipe ont tout d'abord
été invités à classer leurs recherches
entre recherche fondamentale et recherche appliquée.
Contrairement à une idée souvent répandue,
les relations des équipes de recherche avec les entreprises
sont nombreuses et diversifiées, même pour les équipes
menant essentiellement des recherches fondamentales. Ainsi, trois
équipes sur quatre réalisent des contrats avec les
entreprises, plus de la moitié effectuent des expertises
et trois sur dix accueillent des étudiants financés
par des conventions industrielles de formation à la recherche
(CIFRE). Les relations avec les entreprises reposent en partie
sur le dynamisme des équipes puisque 30% d'entre elles
déclarent aller à "la pêche aux contrats"
auprès des entreprises. Bien entendu, les relations sont
encore plus intenses dans le cas des équipes menant des
recherches appliquées : neuf sur dix ont des contrats avec
les entreprises, six sur dix réalisent des expertises auprès
des entreprises, quatre sur dix forment des docteurs financés
sur CIFRE.
Relations avec les entreprises | |||
Contrats de recherche avec les entreprises | |||
Expertises auprès des entreprises | |||
Doctorants financés sur CIFRE | |||
"Pêche aux contrats" |
Les liens avec les entreprises peuvent se traduire
par des ressources financières supplémentaires pour
les équipes : en moyenne plus de 36% de leur budget (hors
salaire du personnel permanent) provient du monde industriel,
cette part atteignant plus de la moitié du budget pour
un secteur tel que celui des sciences pour l'ingénieur.
Disciplines scientifiques | |
DS1 Mathématiques et applications | |
DS2 Sciences de la matière | |
DS3 Sciences de la terre et de l'univers | |
DS4 Sciences pour l'ingénieur | |
DS5 Sciences de la vie et de la santé | |
Ensemble |
Pour deux tiers des responsables des équipes
d'accueil, les relations entretenues avec les entreprises ont
une influence positive sur l'insertion des docteurs dans le secteur
industriel. Cette opinion est corroborée par le fait que
96% des docteurs employés par des entreprises sont issus
d'équipes qui entretiennent des liens avec le milieu industriel.
On peut préciser en outre que 59% des docteurs employés
par des entreprises sont issus d'équipes qui entretiennent
des liens avec ces mêmes entreprises ; dans 37% des
cas, ces liens ont impliqué directement le docteur pendant
la préparation de sa thèse. Il est donc à
noter que, pour 20% des embauches en entreprise, ce sont essentiellement
les relations équipes-entreprises qui ont été
à l'origine du recrutement, indépendamment de contacts
préalables entre l'entreprise et le docteur.
Fonction de recherche | ||
Hors fonction de recherche | ||
Ensemble |
[Lecture : 45,4% des docteurs embauchés en
entreprise dans des fonctions de recherche avaient des contacts
directs pendant leur thèse avec cette entreprise.]
L'impact des relations équipes-entreprises
apparaît encore plus fort lorsqu'il s'agit d'emplois dans
des fonctions de recherche. Dans ce cas, sept docteurs sur dix
sont issus d'équipes qui entretiennent des relations avec
leur entreprise d'embauche, cette proportion s'abaissant à
un tiers pour les emplois hors fonction de recherche.
En sciences de la matière, cinquante docteurs sur 166 en emploi travaillent en entreprise. Il se confirme que les caractéristiques des équipes sont souvent à l'origine de ce type d'insertion professionnelle. Les docteurs issus des équipes qui entretiennent les relations les plus intenses avec les entreprises ont une probabilité plus élevée de s'insérer en entreprise. L'intensité de ces relations se traduit par une proportion plus élevée du budget soutenue par les entreprises et fréquemment par un financement direct des docteurs par les entreprises. En particulier, les docteurs financés directement par les entreprises préparent leur thèse dans des équipes dont les budgets proviennent majoritairement (à 59% exactement) de financements industriels, non compris les aides directes aux docteurs. D'après les modèles probabilistes estimés, les docteurs financés par les entreprises ont 35% de chances en plus que les autres de s'insérer en entreprise à l'issue de leur doctorat. Précisons que ce sont plutôt les équipes de recherche appliquée qui bénéficient de ces financements.
Comme pour les sciences de la matière, les
caractéristiques de leur équipe vont influencer
les chances des docteurs des sciences pour l'ingénieur
d'intégrer une entreprise (sur 192 docteurs en emploi,
ils sont soixante-treize dans ce cas). Ainsi, ceux issus d'équipes
CNRS vont-ils bénéficier d'un avantage relatif lié
sans doute à un effet de réputation attaché
à ce label puisqu'ils ont 11% de chances en plus d'être
en emploi dans une entreprise. Le financement du docteur par une
entreprise apparaît ici également comme un facteur
prédominant des chances d'insertion en entreprise. Ce type
de financement apparaît plus fréquent au sein des
petites équipes et bénéficie plus intensément
aux ingénieurs.
Ainsi, 42% des thésards des équipes
de trois chercheurs et moins sont financés directement
par une entreprise contre 16% parmi ceux des plus grandes équipes
(plus de 8,5 chercheurs) et 32% des ingénieurs contre
11% des non-ingénieurs.
Etudes prédoctorales | ||||
Titulaires d'une maîtrise | ||||
Diplômés d'une école d'ingénieurs | ||||
Ensemble |
Dans les deux secteurs, des sciences de la matière
et des sciences pour l'ingénieur, se distingue donc un
noyau d'équipes dont la collaboration intense avec les
entreprises, marquée par des financements contractuels
fréquents et des soutiens directs aux doctorants, semble
se traduire naturellement par l'embauche en entreprise des docteurs
formés par ces équipes. Ces multiples relations
faites de financements des équipes, d'aides aux thésards,
d'embauches de docteurs, engendrent un sous-système englobant
particulièrement les plus petites équipes de ces
secteurs.
Cependant, nous pouvons signaler, d'après
les opinions émises par les responsables d'équipe,
que ce système tendrait à s'affaiblir au profit
d'un financement indirect des docteurs. Dans ce cas, les entreprises
contractent avec les équipes qui elles-mêmes contractent
avec les thésards, les entreprises rompant ainsi le lien
avec ces derniers. Cette évolution s'accompagne d'une raréfaction
des embauches après la thèse.
Si, dans le secteur des sciences de la vie
et de la santé, l'insertion en entreprise est moins
fréquente que dans les deux secteurs précédents
(14 sur 81 docteurs en emploi), il se confirme que les docteurs
qui ont préparé leur thèse dans des équipes
menant des recherches appliquées et entretenant des relations
avec les entreprises pouvant se concrétiser par des conventions
de type CIFRE ont une probabilité plus élevée
(de 16%) de s'insérer en entreprise. La différence
avec les secteurs précédents est que ces financements
d'entreprises ne sont pas polarisés sur les ingénieurs,
ceux-ci étant peu présents dans ce secteur.
L'analyse des conditions d'insertion des docteurs
des sciences de la terre et de l'univers fournit
une image symétrique à celle que l'on vient d'observer
pour les autres domaines. En effet, les conditions d'insertion
en entreprises de ces docteurs ont pâti de l'existence de
relations traditionnelles avec certaines entreprises, situées
dans un contexte de retournement de conjoncture. Ainsi, aux dires
des responsables d'équipes, les recrutements opérés
par les compagnies pétrolières, qui constituaient
les principaux employeurs privés des docteurs de ce secteur,
se sont effondrés au cours de la période 1993-1994.
C'est sans doute pourquoi les diplômés
de 1994 ont eu plus de difficultés à s'insérer
en entreprise que ceux de 1993, alors que pour les autres secteurs,
l'année de soutenance n'avait pas d'impact. De même,
contrairement aux autres secteurs, le fait qu'une équipe
ait des liens avec le monde industriel se traduit par une insertion
moins fréquente dans le secteur privé. Ainsi, à
un accroissement de 10% de la part du budget abondé par
les entreprises correspond une diminution des probabilités
d'être en entreprise de 9%. L'ancienneté des
relations avec certaines entreprises peut être source
d'une certaine routine qui freine les adaptations en cas de changements
conjoncturels.
En conclusion de cette
étude, il est souhaitable d'en dégager les principaux
apports et de dessiner des pistes pour des prolongements. Tout
d'abord, il est important de rappeler que désormais les
relations entre les équipes de recherche académique
et les entreprises sont fréquentes, non seulement en ce
qui concerne le domaine des recherches appliquées, pour
lequel un tel résultat était attendu, mais aussi
pour la recherche fondamentale, à un degré moindre
il est vrai. En outre, la proportion de docteurs scientifiques
qui rejoignent les entreprises n'est pas négligeable, puisqu'elle
représente presqu'un docteur sur cinq, atteignant un taux
proche de 30% pour un secteur comme celui des sciences pour l'ingénieur.
Par ailleurs, l'insertion des docteurs en entreprise
est influencée comme nous l'avions supposé par les
caractéristiques de l'équipe d'accueil. En particulier,
la labélisation par un grand organisme de recherche et
la taille, pour les équipes de recherche fondamentale,
peuvent constituer des formes de signalement qui modèlent
les conditions d'intégration au monde industriel. En outre,
des systèmes sont apparus qui mettent en jeu les relations
de recherche, les modes de financement de thèse, les caractéristiques
des docteurs et des équipes.
Si les relations nouées entre les équipes
et les entreprises constituent indéniablement un facteur
qui facilite l'insertion des docteurs dans le monde industriel,
elles n'en représentent pas pour autant une condition suffisante.
La conjoncture du marché du travail scientifique est sans
doute l'un des éléments qui freine l'embauche des
docteurs. De plus, il faut signaler que les docteurs financés
par une entreprise se retrouvent dans une position relativement
défavorable en termes d'emploi lorsqu'ils ne réussissent
pas à intégrer une entreprise dans la mesure où
ils ont moins de chances de partir en stage post-doctoral à
l'étranger ou d'accéder à un emploi dans
l'enseignement et la recherche publique. Ainsi, dans le secteur
des sciences de la matière, les docteurs ayant bénéficié
directement d'un financement par une entreprise ont une probabilité
inférieure de 27% d'accéder à des postes
de l'enseignement supérieur et de la recherche et supérieure
de 7% d'être au chômage.
De plus, il apparaît que se structure actuellement
un secteur de recherche à la périphérie des
entreprises, formé d'associations souvent liées
aux équipes et des sociétés de travail temporaire
hautement qualifié, avec lequel les entreprises peuvent
préférer traiter plutôt que d'embaucher directement
des scientifiques. Enfin, il faut avoir à l'esprit que
bon nombre d'entreprises marquent encore une inclination pour
des ingénieurs mâtinés de recherche à
travers la préparation d'un DEA, plus que pour des docteurs
produits par l'université. Sur ces deux aspects, émergence
d'un secteur de recherche "tampon" et stratégies
des entreprises en matière de recrutements, des travaux
d'approndissement se doivent d'être conduits.
Pour en savoir plus... Jean-Jacques PAUL, Cathy PERRET. "Caractéristiques des équipes de recherche et insertion professionnelle des docteurs scientifiques". Rapport préparé pour la Direction Générale de la Recherche et de la Technologie. Dijon, Irédu/Céreq, déc. 1997. 124 p. 90 F port compris |
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Ce document (/divers/insertion-pro/insertion/index.html) a été mis à jour le 10 juin 2007